
Une capitale au cœur de la bataille des récits
La journée « ville morte » organisée mercredi 3 juin par la coalition d’opposition C64 continue d’alimenter une vive controverse politique en République Démocratique du Congo. Alors que les organisateurs revendiquent un succès populaire contre un supposé projet de révision constitutionnelle, le gouvernement parle au contraire d’un échec retentissant et affirme que la population a refusé de suivre cet appel à la paralysie des activités.
Interrogé par la presse lors d’un briefing de presse tenu le jeudi 4 juin, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a soutenu que les activités se sont déroulées normalement à Kinshasa ainsi que dans plusieurs autres villes du pays.
Le duel des perceptions
Pour l’exécutif, la véritable réponse est venue de la rue elle-même. « Je crois que vous avez constaté avec moi que la ville était vivante et que ceux qui devaient vaquer à leurs occupations l’ont fait », a déclaré Patrick Muyaya.
Le ministre de la Communication et Médias a également dénoncé une campagne de désinformation ayant accompagné cette mobilisation. Il a évoqué la diffusion de « deep fakes », de faux communiqués et de messages d’intimidation destinés, selon lui, à influencer l’opinion publique.
La Constitution au centre des tensions
Derrière cette confrontation politique se profile un débat plus profond sur l’avenir institutionnel du pays. La coalition C64 se présente comme garante de la Constitution de 2006 face à ce qu’elle considère comme une menace de modification de la loi fondamentale.
L’opposition entend désormais porter le combat sur les terrains judiciaire et citoyen. Une plainte contre le président Félix Tshisekedi est annoncée pour le 9 juin, suivie d’un sit-in devant le Palais du Peuple le 12 juin.
Entre mobilisation et gouvernance
Face à cette offensive politique, le gouvernement affirme rester concentré sur les priorités nationales. « Le peuple a donné sa réponse », a insisté Patrick Muyaya, citant notamment les enjeux sécuritaires dans l’Est du pays, la consolidation de la paix et la gestion des crises sanitaires.
Comme l’écrivait Alexis de Tocqueville : « Dans les temps démocratiques, les citoyens n’ont qu’un moyen de résister aux abus du pouvoir : c’est l’action politique. » Entre démonstration de mobilisation et affirmation de légitimité institutionnelle, la RDC entre dans une séquence politique où chaque camp cherche à convaincre qu’il incarne la véritable voix du peuple. Le rendez-vous des prochains jours dira si la rue, les institutions ou les urnes demeurent le principal arbitre de cette confrontation.
Didier BOFATSHI

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