Kinshasa : Un édit contre la bétonisation des terres agricoles pour sauver la sécurité alimentaire

L’Assemblée provinciale verrouille les champs face à l’expansion urbaine

Kinshasa, 30 avril 2026. L’Assemblée provinciale de Kinshasa Assemblée provinciale de Kinshasa a adopté, mercredi 29 avril, un édit majeur visant à protéger les sites agricoles de la capitale congolaise, menacés par une urbanisation galopante. Le texte, porté par le député GuyGuy Mulenda Nyembo, entend instaurer un cadre juridique strict pour préserver les espaces agricoles essentiels à l’approvisionnement alimentaire de la ville.

Des champs grignotés par la ville

Au cœur du débat : la disparition progressive des terres cultivables, transformées en zones d’habitation anarchiques.Selon les élus provinciaux, plusieurs sites agricoles ont été détournés de leur vocation initiale, fragilisant la capacité de Kinshasa à assurer sa propre sécurité alimentaire. Le président de l’Assemblée provinciale, Lévi Mbuta Sangupamba, a officialisé l’adoption du texte après vote : « Sur les 30 députés ayant pris part au vote, la majorité s’est prononcée en faveur de ce texte. » Le projet sera transmis au gouverneur pour promulgation.

Entre ville et subsistance : un équilibre rompu

L’élu initiateur du texte alerte sur une dynamique qu’il juge critique : « Il suffit d’observer ces sites pour constater qu’ils sont dégradés. Des habitations y sont érigées, détournant ces espaces de leur vocation initiale. »

Dans cette perspective, l’édit apparaît comme une tentative de reconstitution d’un équilibre entre croissance urbaine et survie agricole. Le géographe Henri Lefebvre rappelait que l’espace urbain est toujours le produit de tensions entre usages sociaux, économiques et politiques du territoire.

La sécurité alimentaire comme enjeu politique

Au-delà de la planification urbaine, le texte met en avant un enjeu stratégique : la sécurité alimentaire de Kinshasa. Dans une mégapole en forte croissance démographique, la préservation des zones agricoles devient un impératif structurel. Le philosophe Amartya Sen souligne que la sécurité alimentaire ne dépend pas uniquement de la production, mais aussi de la capacité des institutions à protéger l’accès aux ressources.

Une gouvernance urbaine sous pression

La session plénière a également été marquée par plusieurs interpellations du gouvernement provincial, notamment sur les déplacements de populations et la gestion environnementale. Des dossiers sensibles qui révèlent les tensions entre planification urbaine, précarité sociale et gouvernance locale. Le philosophe Jane Jacobs insistait sur le fait que les villes se construisent autant par leurs politiques publiques que par les usages réels de leurs habitants.

Sauver les champs, penser la ville

Avec cet édit, Kinshasa tente de freiner l’érosion silencieuse de ses terres nourricières, alors que la pression immobilière redessine sans cesse son territoire. Derrière un vote local se joue une bataille plus large : celle de l’équilibre entre urbanisation et survie alimentaire. « Une ville qui oublie ses terres finit par oublier sa propre alimentation », résume implicitement l’enjeu. Et comme le rappelait Wendell Berry : « Manger est un acte agricole. » Une formule qui, dans le contexte kinois, résonne comme un avertissement silencieux.

Didier BOFATSHI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *