
À Kinshasa et dans les Grands Lacs, une marche rwandaise pour la mémoire ravive des tensions politiques profondes autour du rôle du président Paul Kagame, du conflit à l’Est de la RDC et des accusations d’expansionnisme. L’événement, organisé par des acteurs civils et politiques, met en scène des lectures opposées de l’histoire récente, entre commémoration, contestation et guerre des récits, impliquant des milliers de vies perdues et une région toujours sous haute tension.
Mémoire-sentinelle
Dans les rues symboliques de Kigali, la mémoire ne marche pas : elle veille. Elle s’érige en frontière invisible. Maurice Halbwachs rappelait que « la mémoire collective reconstruit le passé selon les cadres du présent ». Ici, le passé devient rempart, et le rempart devient pouvoir.
Le pouvoir et l’ombre
Autour du président Paul Kagame, les récits se fracturent. Les uns parlent de stabilité conquise, les autres d’une mécanique de guerre prolongée. Michel Foucault l’avait esquissé : « Le pouvoir produit de la vérité ». Et cette vérité est disputée, tirée, recomposée.
Les Grands Lacs en miroir brisé
À l’Est de la RDC, les frontières ne séparent plus : elles résonnent. Les accusations d’ingérences et de pertes en vie humaines des sujets rwandais envoyés à l’Est de la RDC circulent comme des éclats de miroir. Hannah Arendt avertissait : « La violence peut détruire le pouvoir, mais elle ne peut jamais le créer sans récit ».
Les morts sans silence
Les chiffres deviennent murmures, les soldats rwandais qui meurent en RDC deviennent symboles, le futur de la jeunesse rwandaise sacrifié par le comportement béliqueux et les velléités expansionnistes de Kagamé deviennent mémoire disputée. Benedict Anderson rappelait que les nations sont des « communautés imaginées » ici, elles s’imaginent souvent dans la douleur.
Dans cette région, la mémoire n’est pas un passé : c’est une arme encore chaude. « Celui qui contrôle le passé contrôle le futur », écrivait George Orwell. Et dans les Grands Lacs, le futur semble encore écrit à l’encre des blessures ouvertes.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfo2s7.com