Une paix promise, des prisons verrouillées

Malgré les engagements signés en Suisse, aucun détenu n’a été libéré entre Kinshasa et l’AFC/M23 à l’expiration du délai fixé le 28 avril. Derrière l’échec de cette mesure de confiance négociée à Montreux, les lignes de fracture réapparaissent : méfiance mutuelle, divisions internes, contraintes judiciaires et guerre des récits. Un blocage qui menace désormais l’ensemble du processus de paix dans l’Est de la RDC. Information consultée sur Radio France Internationale par la rédaction de Voltefaceinfos7.com.
Le silence des cellules
Le calendrier diplomatique s’est fracassé contre les murs des prisons. Le 28 avril devait ouvrir une brèche fragile dans la guerre qui consume l’Est de la RDC. Trois cent onze détenus du côté de l’AFC/M23. Cent soixante-six du côté gouvernemental. Des listes validées. Des protocoles signés. Un facilitateur désigné après les discussions de Montreux, en Suisse.
Mais à l’heure dite, rien.
Pas un convoi. Pas une remise officielle. Pas une cellule ouverte. Selon les informations rapportées par Radio France Internationale, les mécanismes techniques étaient pourtant prêts depuis plusieurs jours. Le problème n’était plus administratif. Il était politique. Dans les coulisses des négociations, chaque camp attend désormais que l’autre expose sa vulnérabilité en premier. « Les pactes sans l’épée ne sont que des mots », écrivait le philosophe Thomas Hobbes. À Montreux, les signatures existent. La confiance, elle, demeure introuvable.
Montreux sous les décombres
L’accord suisse devait servir de test. Il devient déjà un révélateur d’échec. Des sources proches des discussions affirment que l’AFC/M23 aurait transmis ses listes et signalé sa disponibilité pour lancer les libérations. Kinshasa, de son côté, invoque des contraintes judiciaires et réglementaires. Certains détenus seraient concernés par des décisions administratives ou des procédures encore actives devant les juridictions congolaises.
Mais derrière l’argument légal surgit une autre réalité, plus opaque.
Le pouvoir congolais semble pris dans ses propres contradictions : signer un engagement international tout en hésitant sur les profils réellement libérables. Plusieurs sources diplomatiques évoquent des divergences internes profondes autour de certains détenus jugés sensibles. Le dossier des prisonniers devient ainsi un miroir brutal de la crise politique congolaise. L’État négocie. L’appareil sécuritaire doute. Les factions politiques calculent.
Et pendant ce temps, le processus piétine.
Le sociologue Max Weber définissait l’État comme « le monopole de la violence légitime ». Dans l’Est congolais, cette définition semble vaciller sous le poids des conflits armés, des médiations internationales et des rapports de force régionaux.
Les drones au-dessus de la paix
Pendant que les diplomates parlent de confiance, les armes reprennent leur langage. Selon les éléments consultés sur Radio France Internationale, les combats ont repris dès le lendemain des discussions de Montreux. Des frappes de drones ont visé plusieurs villages du Sud-Kivu à partir du 19 avril, causant des victimes civiles. Dans le même temps, l’AFC/M23 affirme avoir subi des attaques dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu.
Le cessez-le-feu promis reste suspendu à des mécanismes encore inopérants : brouillage GPS, circulation limitée du personnel onusien, accusations croisées, offensives persistantes. La paix avance ici comme une silhouette blessée dans la fumée des collines. L’écrivain et historien Achille Mbembe rappelait que « la paix en Afrique contemporaine est souvent une gestion des rapports de force plus qu’une réconciliation véritable ». Cette phrase résonne désormais comme une radiographie du moment congolais.
Les otages de la crédibilité
L’échec des libérations dépasse désormais la seule question humanitaire. Ce sont les fondations mêmes du processus de Montreux qui tremblent. Car chaque engagement non respecté fragilise un peu plus la parole diplomatique. Chaque retard nourrit la suspicion. Chaque hésitation renforce la logique militaire.
Dans cette guerre des perceptions, chaque camp tente de préserver son image : l’AFC/M23 veut apparaître comme acteur coopératif ; Kinshasa refuse d’endosser l’image d’un pouvoir cédant sous pression rebelle. Mais au milieu de cette bataille narrative, les détenus deviennent les otages silencieux d’un équilibre politique instable.
Des sources proches du dossier estiment désormais qu’une renégociation partielle des listes pourrait intervenir si le gouvernement congolais retire certains profils sensibles. Un scénario qui rallongerait encore les délais et accentuerait la défiance.
La diplomatie avance alors sur une corde usée, tendue au-dessus d’un champ de ruines. « Le principal ennemi de la vérité n’est pas le mensonge, mais le silence », écrivait Jean-François Revel. À Montreux, ce silence devient assourdissant. Et dans l’Est de la RDC, chaque promesse non tenue éloigne un peu plus la paix des collines meurtries du Kivu.
Didier BOFATSHI
RFI / VFI7
