RDC-Journée de l’enseignement : « Sans enseignants valorisés, aucune réforme ne survivra », alerte la directrice Suzy Landu Pela à Kinshasa

Mont-Ngafula face au miroir de l’école congolaise

Kinshasa, 30 avril 2026. À l’occasion de la Journée de l’enseignement en République Démocratique du Congo République démocratique du Congo, la directrice du Complexe Scolaire les Génies de la Borne, Suzy Landu Pela, situé sur la route Kimwenza n°101, quartier Plateau II, dans la commune de Mont-Ngafula, dresse un constat sans détour sur l’état du système éducatif congolais. Dans un entretien accordé à Voltefaceinfos7.com, elle décrit une école portée par la vocation mais fragilisée par des contraintes structurelles persistantes.

L’enseignant, colonne vertébrale d’un système sous tension

« Sans enseignants valorisés, aucune nation ne tient debout », tranche Suzy Landu Pela, plaçant d’emblée le débat sur le terrain des priorités nationales. Pour elle, enseigner en RDC dépasse la logique d’un emploi classique. « L’enseignement est une mission. On ne demande pas à un enseignant seulement de transmettre, mais de reconstruire, de réparer, parfois même de compenser les failles du système », explique-t-elle. Elle insiste sur la charge globale portée par les éducateurs : pédagogie, encadrement moral, accompagnement social et résilience institutionnelle.

Une école qui fonctionne dans la contrainte

Sur le terrain, la directrice décrit une réalité marquée par des défis structurels persistants : classes surchargées, insuffisance de moyens didactiques, infrastructures limitées et pression sociale constante. « Nous enseignons souvent dans des conditions qui exigent plus de créativité que de confort », souligne-t-elle. Elle appelle à une lecture lucide des performances scolaires. « On ne peut pas évaluer une école sans tenir compte des conditions dans lesquelles elle fonctionne », insiste-t-elle.

La Journée de l’enseignement comme moment de vérité nationale

Pour Suzy Landu Pela, cette journée nationale doit être un moment de réflexion profonde et non un simple rituel institutionnel. « C’est une journée pour se dire la vérité : où en est réellement notre système éducatif ? », interroge-t-elle.

Elle plaide pour des réformes concrètes, structurées et suivies d’effets. « Les bonnes intentions ne suffisent pas. Il faut des politiques éducatives cohérentes et appliquées », affirme-t-elle. Cette vision rejoint les analyses de John Dewey, pour qui l’éducation est un processus continu d’adaptation à la réalité sociale.

Entre vocation, sacrifice et reconnaissance

La directrice insiste sur la dimension humaine du métier d’enseignant, souvent exercé dans des conditions difficiles mais avec un fort engagement personnel. « Beaucoup d’enseignants restent dans ce métier par passion, malgré les difficultés », confie-t-elle.

Elle appelle à une revalorisation réelle et durable de la profession. « On ne peut pas demander des résultats sans garantir la dignité professionnelle », martèle-t-elle. Le sociologue Émile Durkheim rappelait que l’éducation est un pilier fondamental de la cohésion sociale. Dans cette logique, la reconnaissance de l’enseignant devient un enjeu national.

L’école, dernier espace de projection nationale

Au-delà des contraintes, Suzy Landu Pela voit dans l’école un espace stratégique pour l’avenir du pays. « L’école est l’endroit où se joue silencieusement le futur d’une nation », affirme-t-elle. Elle appelle à un investissement structurel dans la formation, les infrastructures et la gouvernance éducative. « Une société qui néglige ses écoles prépare elle-même ses fragilités futures », prévient-elle. Cette réflexion fait écho à la pensée de Paulo Freire, selon laquelle l’éducation est un acte de transformation sociale et de libération.

Une alerte venue du terrain

En cette Journée de l’enseignement, la voix de Suzy Landu Pela résonne comme un rappel essentiel : le système éducatif congolais ne se transformera pas sans une revalorisation profonde de ses acteurs de terrain. « Une réforme éducative sans enseignants forts est une réforme inachevée », conclut-elle.

Et dans cette conviction, une dernière résonance s’impose, empruntée à Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Ici, bien nommer les défis de l’école congolaise devient déjà un acte de reconstruction.

Didier BOFATSHI

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