
Le tocsin de Kinshasa
KINSHASA. Dans un communiqué publié ce samedi 20 juin 2026 à l’issue d’une assemblée plénière extraordinaire, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a dressé un constat sombre de la situation du pays, qualifié de « nation en péril ». Sécurité dégradée dans l’Est, précarité persistante et tensions autour d’une éventuelle révision constitutionnelle : les évêques alertent sur les risques pesant sur la cohésion nationale et appellent le président de la République au respect de son serment constitutionnel.
La paix comme étendard
Au cœur du message épiscopal, la paix apparaît comme un absolu. Les évêques dénoncent « la prolifération des groupes armés », les massacres de civils et le drame des déplacés. Ils reconnaissent certes quelques avancées infrastructurelles, mais estiment qu’elles demeurent insuffisantes face à la pauvreté qui frappe encore une large partie de la population.
« La paix n’est pas seulement l’absence de guerre ; elle est une vertu », écrivait Baruch Spinoza. Une citation qui semble inspirer la tonalité générale du communiqué.
L’ombre du débat constitutionnel
C’est toutefois la question de la Constitution qui cristallise les inquiétudes. La CENCO met en garde contre toute modification menée dans un climat de « peur, de pressions et de répression ». Selon elle, les conséquences pourraient être « graves » pour l’unité nationale.
Pour plusieurs observateurs cependant, cette posture soulève une interrogation de fond : en focalisant son discours sur les risques d’une réforme, l’épiscopat ne passe-t-il pas sous silence les limites souvent dénoncées de la Constitution actuelle ? Conflits institutionnels, ambiguïtés de gouvernance et difficultés d’application figurent pourtant parmi les critiques récurrentes formulées depuis des années.
Entre magistère moral et lecture politique
L’intervention de la CENCO réaffirme son rôle historique de vigie nationale. Mais elle nourrit également le débat sur la frontière entre engagement citoyen et positionnement politique. À travers son appel à la vigilance populaire, certains y voient une posture qui rejoint, par moments, les arguments traditionnellement portés par l’opposition.
L’enjeu dépasse désormais la seule querelle institutionnelle. Il touche à la capacité de la nation à réfléchir sereinement à son avenir, sans céder ni aux passions ni aux procès d’intention.
Comme le rappelait Montesquieu : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. » Une formule qui résonne aujourd’hui au cœur du débat congolais. Car la véritable question demeure entière : préserver un texte existant ou l’adapter aux réalités nouvelles ? Entre le tocsin des évêques et les aspirations au changement, l’histoire continue d’écrire ses lignes sur la page encore inachevée de la République.
Didier BOFATSHI

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