Le rendez-vous de la rue se prépare

À deux semaines de la marche annoncée le 8 juillet 2026, la coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) a officiellement saisi l’hôtel de ville de Kinshasa pour notifier son initiative. Portée par plusieurs figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Matata Ponyo, cette mobilisation entend se dérouler sur l’ensemble du territoire, avec Kinshasa comme principal centre d’expression politique.

Dans sa correspondance adressée au gouverneur de la ville, la coalition invoque l’article 26 de la Constitution de la République démocratique du Congo, qui garantit la liberté de manifestation. Elle affirme vouloir « exprimer l’attachement des citoyens au respect de la Constitution, à la défense de l’État de droit et à la préservation de l’ordre constitutionnel », avant de remettre un mémorandum au chef de l’État.

La Constitution ouvre la porte, la rue impose la responsabilité

La démarche de la C64 s’inscrit donc dans un cadre légal revendiqué. Le droit de manifester pacifiquement constitue un principe fondamental dans une démocratie. Cependant, l’histoire récente des mobilisations politiques en RDC rappelle une réalité plus complexe : plusieurs manifestations annoncées comme pacifiques ont parfois été marquées par des tensions, des affrontements ou des débordements.

La marche politique devient alors un test grandeur nature de la maturité démocratique. Le respect de la loi ne concerne pas seulement l’autorisation administrative, mais aussi le comportement des organisateurs, des participants et des forces de sécurité.

Comme l’écrivait le philosophe John Locke, « là où cesse la loi commence la tyrannie ». Le droit de manifester trouve ainsi sa force dans la discipline collective.

Le pouvoir alerte, l’opposition maintient son cap

Du côté de la majorité présidentielle, les inquiétudes sont déjà exprimées. Lors d’une matinée politique, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a accusé l’opposition de préparer un « soulèvement populaire » et de chercher à provoquer des incidents pour en attribuer la responsabilité au gouvernement.

Ces accusations sont rejetées par les initiateurs de la marche, qui maintiennent une ligne officielle : une mobilisation citoyenne pour défendre l’ordre constitutionnel. Le fossé entre pouvoir et opposition reste cependant profond, nourri par une méfiance politique persistante.

Une marche, un miroir de la démocratie congolaise

Au-delà des slogans et des rapports de force, cette mobilisation pose une question centrale : la rue peut-elle rester un espace d’expression démocratique sans devenir un terrain de confrontation ?

La réponse dépendra de la capacité de chaque acteur à privilégier la responsabilité. La démocratie ne se mesure pas seulement au droit de parler, mais aussi à la manière de faire entendre sa voix.

Comme le rappelait Nelson Mandela : « Une véritable démocratie repose sur la capacité de vivre ensemble avec nos différences. »

Le 8 juillet ne sera donc pas seulement une date politique. Ce sera un moment d’épreuve pour l’État de droit en RDC : celui où la liberté de manifester devra rencontrer l’exigence absolue de rester pacifique.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

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