Kinshasa : Tshisekedi impose 20 jours à la Ville pour éclaircir les démolitions des rocades

Un ultimatum au cœur du chantier de 72 km

Le Président Félix Tshisekedi a fixé un délai de 20 jours à l’Hôtel de Ville de Kinshasa pour produire un rapport détaillé sur les démolitions et délocalisations liées au projet des rocades. Ce vaste chantier routier de 72 km, destiné à désengorger la capitale, se heurte à des blocages liés aux expropriations et indemnisations des populations affectées.

La décision a été prise lors de la 88e réunion du Conseil des ministres, dans un contexte où les retards s’accumulent sur plusieurs segments du projet.

Un projet routier devenu enjeu social

Initialement conçu pour fluidifier la circulation dans une mégapole saturée par les embouteillages, le projet des rocades est désormais confronté à une équation sensible : concilier modernisation urbaine et gestion sociale des démolitions.

Dans plusieurs zones, les emprises publiques restent occupées, ralentissant l’avancement des travaux et compliquant la coordination entre les autorités nationales et municipales.

Expropriation, le point de friction

Au centre des tensions : la gestion des indemnisations et la prise en charge des ménages déplacés. Le gouvernement cherche à accélérer les travaux, mais sans déclencher de crise sociale dans une ville en forte croissance démographique.

Les opérations de déguerpissement deviennent ainsi un test de gouvernance urbaine, où chaque démolition soulève des questions de droit, de justice et de cohésion sociale. Comme le rappelait Henri Lefebvre : « L’espace est un produit social. »

Entre urgence urbaine et pression politique

En donnant un délai strict à la Ville, la présidence cherche à reprendre la main sur un projet stratégique pour l’avenir de la capitale. Les rocades sont présentées comme une réponse structurelle aux embouteillages chroniques et à la saturation des infrastructures routières.

Mais l’accélération du chantier met en lumière une tension persistante entre impératifs techniques et réalités humaines.

Une ville en transformation sous contrainte

Au-delà du béton et des tracés routiers, le projet révèle une transformation profonde de Kinshasa, où modernisation urbaine et pression sociale avancent désormais sur une ligne de crête.

Dans cette course contre la montre, l’enjeu n’est plus seulement de construire des routes, mais de définir les conditions sociales d’une ville en pleine mutation.

Didier BOFATSH

Lepoint.cd

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