Kinshasa face au miroir des droits humains
À Kinshasa, la Commission nationale des droits de l’homme a remis vendredi son rapport annuel 2025 sur la situation des droits humains au bureau de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Derrière cet exercice institutionnel présenté comme routinier, le document expose les fractures persistantes d’un pays confronté aux violences armées, aux violations des libertés fondamentales et aux vulnérabilités sociales.
Conduite par Paul Nsapu, accompagné notamment de Joëlle Mbamba et de Gisèle Kapinga, la délégation a évoqué les principales atteintes relevées à travers le pays ainsi que les obstacles rencontrés dans l’exercice de son mandat.
« Nous avons une quantité significative de lois et de mécanismes de protection des droits humains. Il est désormais essentiel de veiller à leur application effective », a déclaré Paul Nsapu.
Des lois fortes, un terrain fragile
Le rapport met en lumière un paradoxe récurrent en République démocratique du Congo : l’existence d’un arsenal juridique jugé avancé, mais confronté à une application souvent défaillante, particulièrement dans les provinces secouées par les conflits armés.
Le président de la CNDH a insisté sur la gravité persistante des violences dans l’Est, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où les violations des droits humains demeurent au cœur des préoccupations nationales. Comme l’écrivait Hannah Arendt : « Le droit d’avoir des droits est le droit le plus fondamental. »
Les silences de la République
Au-delà des conflits armés, la CNDH poursuit le monitoring des atteintes liées aux droits civils et politiques, aux violences faites aux femmes et aux enfants, ainsi qu’aux discriminations touchant les personnes vivant avec handicap. Les tensions sociales et les conflits de travail figurent également parmi les signaux d’alerte relevés dans le rapport.
Derrière les statistiques et les mécanismes institutionnels apparaît une interrogation plus profonde : comment transformer les textes en protection réelle pour les citoyens ?
Entre vigilance et impuissance
Le dépôt de ce rapport intervient dans un climat où les institutions congolaises sont régulièrement appelées à renforcer l’État de droit face aux crises sécuritaires et sociales. La CNDH tente ainsi de maintenir une pression morale et institutionnelle sur les pouvoirs publics.
Nelson Mandela rappelait : « Priver les gens de leurs droits humains, c’est contester leur humanité même. » À Kinshasa, sous les plafonds feutrés du Parlement, le rapport de la CNDH résonne comme un rappel brutal : une démocratie ne se mesure pas seulement à ses lois, mais à la manière dont elle protège les plus vulnérables.

