SNEL en ébullition : Kinshasa sous tension face au projet de démembrement de l’électricien national

À Kinshasa, les agents de la SNEL ont paralysé une partie de leurs activités pour protester contre un projet de restructuration prévoyant le démembrement de l’entreprise en plusieurs entités distinctes (production, transport, distribution et gestion des immobilisations). Porté selon les syndicats par des recommandations d’experts associés à la Banque mondiale, le projet suscite une vive opposition des travailleurs, qui dénoncent une réforme jugée unilatérale et potentiellement déstabilisatrice.

Le courant de la colère

Les grilles du siège se ferment, les voix s’élèvent. La SNEL se transforme en champ de tension sociale. Derrière les revendications, une peur : celle de voir l’unité d’un géant public se fragmenter. « Toute transformation institutionnelle touche d’abord ceux qui la vivent », rappelait Pierre Bourdieu.

La fracture du modèle électrique

Séparer production, transport et distribution : une logique de réforme inspirée des standards de gouvernance sectorielle. Mais pour les agents, c’est une décomposition du corps industriel. Douglass North soulignait que « les institutions façonnent les performances économiques » — et leur reconfiguration bouleverse toujours les équilibres internes.

Le dialogue absent

Les syndicats dénoncent une absence de concertation, un processus perçu comme technocratique et vertical. L’État, les experts et les travailleurs semblent parler des langages différents. Jürgen Habermas écrivait que « la légitimité naît du dialogue » — ici, il fait défaut.

L’État face à son entreprise

Au-delà du conflit social, c’est le rôle de l’État actionnaire qui est interrogé. Réformer sans casser, moderniser sans fragmenter : l’équation reste délicate. Joseph Stiglitz rappelait que « les réformes mal calibrées peuvent produire plus d’instabilité que d’efficacité ».

La SNEL n’est pas seulement une entreprise en grève partielle : elle est le miroir d’un débat plus large sur la réforme des entreprises publiques en RDC. Entre efficacité économique et cohésion sociale, la ligne de crête est étroite.

Car, comme le disait John Kenneth Galbraith, « le pouvoir économique sans contrepoids social devient une force aveugle ». Et dans le silence des turbines à l’arrêt, une question persiste : moderniser, oui mais à quel prix humain et institutionnel ?

Didier BOFATSHI

Okapi / VFI7, voltefaceinfos7.

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