
Le tonnerre avant l’orage
Mardi 9 juin, lors d’un Space Live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’opposant Seth Kikuni a lancé une charge frontale contre la majorité présidentielle. Au cœur de sa dénonciation : la réforme constitutionnelle en débat, qu’il considère comme une tentative déguisée de prolongation du pouvoir du président Félix Tshisekedi. Dans un contexte politique marqué par les interrogations autour de l’avenir institutionnel de la RDC, ses propos ravivent une vieille fracture congolaise : celle de la limitation du pouvoir.
L’ombre d’un mandat qui s’étire
Face au député Olivier Kassanda Katuala, qui évoquait un « procès d’intention », Seth Kikuni a rejeté toute ambiguïté. « Ne vous moquez pas de notre intelligence », a-t-il lancé, rappelant les déclarations du chef de l’État sur la possibilité de modifier la Constitution.
Pour l’opposant, la question dépasse le simple cadre juridique. Il affirme que la majorité cherche à « créer un homme fort » et à offrir à Félix Tshisekedi « un long mandat ». Une accusation lourde, dans un pays où la question de l’alternance demeure l’un des piliers les plus sensibles de la stabilité politique.
L’article 220, rempart ou ligne de front ?
En défendant l’article 220, Seth Kikuni présente ce verrou constitutionnel comme le cœur du pacte démocratique conclu en 2006. Derrière la bataille des textes se dessine une lutte plus profonde : celle de la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Comme le rappelait Montesquieu, « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Dans cette perspective, la vigilance de l’opposition s’inscrit dans une tradition démocratique qui considère les limites constitutionnelles comme des garde-fous contre la concentration du pouvoir.
La République face au miroir du pouvoir
Au-delà de la polémique, ce débat révèle une interrogation fondamentale sur l’avenir des institutions congolaises. Toute réforme constitutionnelle est jugée non seulement à travers ses dispositions, mais aussi à travers les intentions qu’on lui prête.
La controverse soulevée par Seth Kikuni illustre ainsi la méfiance persistante qui accompagne toute discussion sur les mandats présidentiels en Afrique. La Constitution devient alors plus qu’un texte : un symbole.
« Les institutions sont comme des forteresses ; elles doivent être bien conçues et bien défendues », écrivait Karl Popper. En RDC, le débat est désormais lancé. Et derrière les mots, c’est la question de l’équilibre entre pouvoir et démocratie qui continue de hanter l’horizon politique national.
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime