
Le pari du front oublié
À peine nommé gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Batoka Mulumba affiche sa détermination. Reçu mardi 9 juin par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, après une rencontre avec le président Félix Tshisekedi, le nouvel homme fort de la province assure disposer de « tous les outils » nécessaires pour relever les défis sécuritaires qui continuent de secouer cette région de l’est de la RDC.
Cette déclaration intervient dans une province placée sous état de siège depuis mai 2021, où les populations attendent davantage des résultats que des promesses. Entre massacres de civils, déplacements massifs et expansion des groupes armés, l’Ituri demeure l’un des épicentres de la crise sécuritaire congolaise.
L’héritage lourd d’une guerre sans fin
Le nouveau gouverneur hérite d’un terrain miné. Son prédécesseur, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, a souvent défendu le bilan de l’état de siège en évoquant une amélioration de la situation sécuritaire. Une lecture toutefois contestée par de nombreux élus, acteurs sociaux et notabilités locales.
Pour ces derniers, près de cinq années d’administration militaire n’ont pas permis de restaurer durablement la paix. Au contraire, les violences continuent de frapper les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa, tandis que les populations civiles restent les premières victimes d’un conflit devenu chronique.
La forêt des armes et le sang des civils
Les défis qui attendent Kasongo Batoka dépassent le simple cadre opérationnel. Les affrontements entre communautés Hema et Lendu continuent d’alimenter les tensions locales. Dans le même temps, plusieurs groupes armés poursuivent leurs activités meurtrières.
Les rebelles des Allied Democratic Forces (ADF) étendent notamment leur influence dans certaines zones de Mambasa, avec des répercussions jusque dans la province voisine de la Tshopo. Les attaques contre les camps de déplacés, les violations des droits humains et la lutte pour le contrôle des ressources naturelles entretiennent un climat d’instabilité permanente.
Comme l’écrivait Sun Tzu dans L’Art de la guerre, « la suprême habileté consiste à briser la résistance de l’ennemi sans combattre ». En Ituri, la paix durable dépendra autant de la force militaire que de la capacité à reconstruire le dialogue et la confiance.
L’épreuve du réel
Au-delà de la sécurité, le nouveau gouverneur devra poursuivre les projets de développement engagés dans la province et rétablir un dialogue apaisé avec les élus nationaux de l’Ituri, dont les relations avec l’administration sortante ont souvent été tumultueuses.
Derrière les discours officiels, la population attend désormais des actes. Car l’enjeu n’est plus de démontrer que les outils existent, mais de prouver qu’ils peuvent produire des résultats tangibles.
L’écrivain français Victor Hugo rappelait que « l’avenir a plusieurs noms : pour les faibles il est l’inaccessible, pour les craintifs il est l’inconnu, pour les vaillants il est l’idéal ». Pour le général-major Kasongo Batoka Mulumba, l’avenir de l’Ituri commence maintenant. Et dans cette province meurtrie par des années de violences, le verdict ne viendra ni des discours ni des cérémonies protocolaires, mais du terrain, seul juge capable de distinguer les promesses des victoires.
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime