
Quand le contrôle devient une arme de puissance
L’Inspection générale des finances (IGF) continue de gagner des soutiens dans le débat sur la gouvernance publique en République Démocratique du Congo. Intervenant ce mercredi 10 juin 2026 au troisième jour du séminaire de renforcement des capacités des partenaires de l’IGF (médias et société civile) consacré à l’appropriation de son plan stratégique triennal 2026-2028, Lambert Mende Omalanga a attribué à cette institution un rôle majeur dans l’amélioration de la gestion des finances publiques depuis 2020.
Développant le thème « Organisation politique et administrative de la RDC : regard rétrospectif sur les rapports entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire », l’ancien ministre de la Communication a défendu la place du contrôle dans la consolidation de l’État et la modernisation de la gouvernance.
Les trois piliers sous le regard des contrepoids
Au cours de son intervention, Lambert Mende est revenu sur les fondements du fonctionnement institutionnel congolais. Il a rappelé que les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire constituent l’ossature de l’État démocratique et que leur séparation vise à empêcher toute concentration excessive du pouvoir.
Évoquant le principe des « checks and balances », ou mécanismes de contrôle et de contrepoids, il a souligné que chaque institution est appelée à limiter les excès potentiels des autres afin de préserver l’équilibre républicain. Une conception qui trouve son ancrage dans l’esprit de la Constitution congolaise actuelle.
L’IGF, fer de lance de l’assainissement
L’un des moments forts de son intervention a été son appréciation du travail accompli par l’Inspection générale des finances.
« Je dois reconnaître qu’à partir de 2020, l’apport de l’IGF dans la lutte pour conjurer les dysfonctionnements pernicieux de la gestion des finances publiques s’est avéré d’une efficience indiscutable », a déclaré Lambert Mende.
Selon lui, les audits, missions de contrôle et enquêtes menés ces dernières années ont contribué à instaurer une discipline accrue dans la gestion des ressources publiques et à réduire certaines pratiques contraires aux principes de bonne gouvernance.
Comme l’affirmait Montesquieu, « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Une réflexion qui illustre la philosophie même du contrôle institutionnel défendue lors de ce séminaire.
La gouvernance comme stratégie de puissance
Au-delà de l’assainissement des finances publiques, Lambert Mende considère cette dynamique comme un levier stratégique pour l’avenir du pays.
« Il faut s’en réjouir parce que cela ouvre la voie à la construction d’une stratégie de puissance dont le Congo ne peut pas se passer dans un monde qui est devenu férocement compétitif », a-t-il affirmé.
L’ancien ministre a également plaidé pour le renforcement des capacités des institutions de l’État et appelé à une responsabilité collective face aux dysfonctionnements qui affectent encore la gestion publique. Pour lui, la moralisation de la vie publique demeure l’une des conditions essentielles de la performance de l’État.
L’économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz rappelait que « la transparence est l’un des fondements d’une gouvernance efficace ». En RDC, le débat porté par Lambert Mende dépasse ainsi la seule question du contrôle financier. Il touche à une ambition plus large : bâtir un État capable de transformer ses ressources en puissance publique, sa gouvernance en crédibilité et ses institutions en moteurs de développement.
Didier BOFATSHI

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