
Le pacte des contradictions
À Kinshasa, la défense de la Constitution prend des allures de vertige politique. Lors d’un Space X animé jeudi 21 mai par le journaliste Stanis Bujakera, Delly Sesanga a assumé sa signature commune avec Joseph Kabila, Martin Fayulu et Moïse Katumbi pour défendre la Constitution du 18 février 2006 contre toute révision.
« Sur la question de la défense de la Constitution, nous avons appelé tout le monde », a-t-il déclaré. Mais derrière cette union proclamée surgit une fracture silencieuse : peut-on défendre la même Constitution aux côtés d’un ancien président accusé de proximité avec l’AFC/M23, rébellion dont les revendications armées défient l’ordre constitutionnel ?
La Constitution à géométrie variable
Sesanga refuse toute alliance avec Félix Tshisekedi pour un éventuel troisième mandat. Pourtant, ses détracteurs l’accusent de garder le silence face aux accusations visant Kabila dans la crise sécuritaire de l’Est.
Le philosophe Montesquieu avertissait : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. » La Constitution protège autant les mandats que l’intégrité territoriale.
Le silence des principes
L’ancien chef de l’État reste au centre des controverses politiques et sécuritaires, tandis que l’opposition brandit l’article 64 contre toute dérive institutionnelle. Mais dans les collines ensanglantées du Kivu, les armes brouillent les discours.
Une Constitution ne tombe pas seulement sous la plume des révisions. Elle peut aussi vaciller sous le poids des rébellions, des ambiguïtés politiques et des silences stratégiques.
Comme l’écrivait Hannah Arendt : « Le plus radical des révolutionnaires devient un conservateur le jour après la révolution. » Et dans la tempête congolaise, la République cherche encore ceux qui défendent la Constitution sans calcul… ni contradiction.
