Kinshasa sous tension : Kabund sonne la mobilisation générale, la « ville morte » devient le premier test de force contre le projet de référendum

Le grondement avant l’orage

Kinshasa. À quelques jours de la journée « ville morte » annoncée pour le mercredi 3 juin, le climat politique congolais se charge d’électricité. L’Alliance pour le Changement (A.Ch) de Jean-Marc Kabund-a-Kabund a appelé ses militants, sympathisants et l’ensemble des Congolais à observer strictement ce mot d’ordre lancé par la coalition de l’opposition C64. En ligne de mire : la proposition de loi sur l’organisation du référendum, perçue par l’opposition comme une porte ouverte à une révision constitutionnelle susceptible de rebattre les cartes du pouvoir.

Quand l’hémicycle devient un champ de bataille

Le point de rupture est intervenu après le retrait des élus de l’opposition de la plénière précédant l’examen du rapport de la Commission politique, administrative et juridique sur l’initiative portée par Gaspard Ngondankoy. Pour les opposants, ce départ traduisait un refus de cautionner ce qu’ils considèrent comme un passage en force institutionnel.

Lors d’une matinée politique organisée à Kinshasa, le secrétaire général adjoint de l’A.Ch, Boniface Makobo, a qualifié cette évolution de « déclaration de guerre politique ». Selon lui, la mobilisation engagée vise à empêcher toute démarche qui pourrait conduire à une modification des équilibres constitutionnels actuels.

L’article 64 comme cri de ralliement

Au cœur du discours de l’opposition figure l’article 64 de la Constitution, invoqué comme fondement de la résistance citoyenne face à ce qu’elle estime être une menace contre l’ordre constitutionnel. « Nous demanderions au peuple de se prendre en charge et de mettre en application l’article 64 de la Constitution », a déclaré Boniface Makobo, appelant les habitants de Kinshasa à rester chez eux pour assurer le succès de cette première démonstration de force.

Pour les cadres de l’A.Ch, l’enjeu dépasse les frontières partisanes. La bataille engagée est présentée comme un combat national concernant l’avenir des institutions et la limitation du pouvoir politique.

Deux Congo, deux visions du destin

Au-delà de la journée « ville morte », c’est une confrontation politique plus profonde qui se dessine. D’un côté, la coalition C64 rejette toute perspective de modification constitutionnelle. De l’autre, la coalition C4 défend l’idée d’une réforme du texte fondamental au nom de l’évolution des institutions.

Cette fracture révèle un débat majeur sur l’avenir de la démocratie congolaise. Chaque camp affirme incarner la volonté populaire. Chaque camp revendique la légitimité du combat qu’il mène.

Comme l’écrivait Montesquieu, « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Dans les démocraties, la méfiance institutionnelle constitue souvent un mécanisme de protection autant qu’un facteur de tension.

La journée du 3 juin apparaît ainsi comme bien plus qu’une simple opération de protestation. Elle constitue un test politique grandeur nature. Un thermomètre de l’influence réelle de l’opposition dans la rue. Un révélateur des fractures qui traversent le pays. Dans cette bataille des récits et des légitimités, Kinshasa s’apprête à devenir le théâtre d’un affrontement politique dont les répercussions pourraient largement dépasser les frontières de la capitale.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

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