Kinshasa : Colère féminine contre les attaques sexistes visant la Première ministre Judith Suminwa

Une indignation qui déferle dans la capitale

À Kinshasa, le lundi 27 avril 2026, des organisations féminines ont battu le pavé pour dénoncer des propos jugés sexistes, injurieux et diffamatoires visant la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Réunies sous la bannière du Mouvement de la Marche Mondiale des Femmes, les manifestantes ont exigé des sanctions judiciaires contre les auteurs présumés de ces attaques, alors que le gouvernement affirme avoir déjà saisi la justice pour identifier les responsables, y compris ceux opérant sous anonymat ou depuis l’étranger.

La rue des femmes, contre-ligne de défense

Les slogans ont résonné comme une onde politique. Pas seulement une marche de solidarité, mais une prise de position collective dans l’espace public. Chants, pancartes, et dénonciations rythmaient une procession où la figure de la Première ministre devient symbole. Dans ce contexte, la rue ne proteste pas seulement. Elle structure un discours.  « L’injustice, où qu’elle soit, est une menace pour la justice partout », écrivait Martin Luther King Jr. À Kinshasa, cette phrase semble trouver un écho direct dans la mobilisation féminine contre ce que les organisatrices qualifient de dérive verbale et de banalisation du sexisme.

Le langage comme champ de bataille politique

Au cœur de l’affaire, une question centrale : la parole publique. Les propos incriminés, attribués à un individu surnommé « Dinosaure », sont dénoncés comme une attaque contre la dignité institutionnelle et féminine. Le gouvernement, dans un communiqué du 25 avril, a condamné ces « campagnes coordonnées de dénigrement » et annoncé la saisine de la justice pour identifier auteurs, complices et relais.

Ici, le langage cesse d’être neutre. Il devient infrastructure de pouvoir. Pierre Bourdieu rappelait que « le pouvoir symbolique est un pouvoir de faire voir et de faire croire ». Les organisations féminines, en réagissant, tentent précisément de reprendre ce contrôle symbolique.

Justice numérique et anonymat globalisé

L’enquête annoncée par l’exécutif dépasse le cadre local. Elle vise aussi les relais numériques et les auteurs opérant depuis l’étranger. Une configuration typique de l’ère numérique, où les frontières de la responsabilité se diluent. Le cyberespace devient alors un champ d’impunité potentielle, mais aussi un terrain de traçabilité accrue. Cette tension révèle une transformation profonde : le droit national se confronte à des architectures de communication transnationales.

Féminisme politique et affirmation institutionnelle

La marche des organisations féminines ne relève pas uniquement de la solidarité. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large d’affirmation politique des femmes dans les espaces institutionnels congolais.

Judith Suminwa, en tant que Première ministre, devient ici plus qu’une personnalité : une figure de représentation et de vulnérabilité politique à la fois. Simone de Beauvoir écrivait que « on ne naît pas femme, on le devient ». Dans ce contexte, on pourrait ajouter : on ne devient pas figurer publique féminine sans devenir aussi cible potentielle de violences symboliques.

Entre État, rue et justice : une ligne de fracture

L’affaire révèle une triangulation sensible : le gouvernement qui condamne, la société civile féminine qui mobilise, et un espace numérique où circulent anonymat et attaques. Ce triangle dessine une nouvelle géographie du conflit symbolique en RDC : non plus seulement politique ou institutionnelle, mais aussi médiatique et genrée.

La dignité comme frontière politique

Les organisations féminines ont quitté la rue sans déclaration officielle, mais avec un message clair : la dignité des femmes dans l’espace public ne sera plus négociable. « Le respect de la dignité humaine est le fondement de la liberté, de la justice et de la paix », rappelle la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et comme le soulignait Virginia Woolf : « Aux femmes, on ne demande pas de parler, mais d’exister. »  À Kinshasa, elles parlent désormais pour exister et pour être entendues.

Didier BOFATSHI

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