Nizi, épicentre d’un or clandestin sous haute tension

À Nizi, dans le territoire de Djugu (Ituri), l’État a frappé fort. Onze ressortissants chinois et trois Congolais ont été arrêtés mardi 28 avril 2026 pour exploitation illégale d’or sur des sites relevant de la SOKIMO. Selon les autorités provinciales, ces activités auraient duré depuis 2024, dans une zone déjà fragilisée par l’insécurité et l’activisme de groupes armés. Les personnes interpellées ont été transférées à la justice, tandis que les enquêtes se poursuivent pour démanteler d’éventuels réseaux structurés.
Dans un contexte où les mines deviennent à la fois richesse et fracture, le gouverneur militaire de l’Ituri a averti :
« Il faut que ça cesse. Je demande à la justice de faire des investigations jusqu’au bout sur les dossiers de Nizi et Aru. Lorsqu’on a découvert ce groupe, la délégation n’était plus en sécurité, car un groupe armé s’était déjà organisé pour attaquer. C’est très grave. »
Sous la poussière d’or, la loi reprend souffle
Dans le silence des carrières, l’or ne brille plus seulement. Il brûle. Il attire. Il fracture. L’intervention des forces de sécurité apparaît comme une tentative de reprise de contrôle sur un espace où la légalité s’était progressivement dissoute dans les interstices de l’insécurité.
Jean-Jacques Rousseau rappelait que « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit ». En Ituri, cette tension entre puissance économique clandestine et autorité publique se matérialise dans chaque site minier non contrôlé, chaque extraction hors cadre, chaque filière opaque.
Nizi, territoire fracturé par l’ombre armée
Le théâtre de Nizi n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une géographie de fragilité où l’insécurité agit comme catalyseur d’économies parallèles. Là où l’État recule, d’autres systèmes s’installent : exploitation clandestine, logiques de rente, et parfois interactions indirectes avec des groupes armés. La mine devient alors un espace hybride, ni totalement économique, ni totalement militaire. Une zone grise où la richesse du sol contraste violemment avec la précarité institutionnelle.
SOKIMO spoliée : la mine des fractures
Les sites concernés appartiennent à la Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO), pilier historique de l’exploitation aurifère en RDC. Leur occupation illégale depuis plusieurs mois met en lumière une vulnérabilité persistante : la difficulté à sécuriser les concessions dans les zones instables.
Au-delà du cas judiciaire, c’est la question de la souveraineté économique qui affleure. Les ressources minières, censées soutenir le développement, deviennent des leviers de captation dans des espaces où la gouvernance reste incomplète.
Justice en alerte, souveraineté en reconquête
Les autorités promettent de poursuivre les enquêtes afin de remonter les filières et d’identifier les complicités éventuelles. L’enjeu dépasse les arrestations : il s’agit de restaurer l’autorité de l’État sur des territoires où l’économie illégale s’enracine dans la durée. Comme le souligne Montesquieu, « un pouvoir sans limite ne peut être juste ». À Nizi, la reconquête de la légalité apparaît ainsi comme une course contre l’érosion progressive des normes.
L’or ou la loi, le choix d’un État
« Combien de richesses faudra-t-il encore perdre pour comprendre que l’or sans loi n’est qu’un mirage de puissance ? » À Nizi, la question demeure suspendue dans la poussière dorée des sites miniers. Entre souveraineté et spoliation, entre État et clandestinité, la frontière reste mouvante, fragile, disputée. Et comme le rappelait Montesquieu, en écho aux tensions de l’Ituri : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »
DBE
