Gabon, écran noir : la nation mise en sourdine

Au Gabon, les réseaux sociaux sont suspendus « jusqu’à nouvel ordre ». La décision de la Haute Autorité de la communication (HAC) invoque la menace de contenus susceptibles de « déstabiliser les institutions » et de « mettre en péril l’unité nationale ». Mesure de sauvegarde, affirme le pouvoir. Coupure massive, rétorquent opposition et observateurs. Le pays bascule dans le silence numérique.

L’interrupteur d’État

Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, parle de « préservation de l’ordre public » et promet une réforme profonde de l’écosystème numérique. L’argument sécuritaire se veut prophylactique. Mais, comme l’écrivait Montesquieu, « il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle qu’on exerce à l’ombre des lois ». La question surgit : la suspension protège-t-elle l’unité ou fragilise-t-elle la confiance ?

Clameur sous cloche

Le Parti démocratique gabonais dénonce une « sanction collective ». Le Forum pour la Défense de la République, pourtant proche du pouvoir, parle de mesure « arbitraire et disproportionnée ». John Stuart Mill rappelait que « réduire au silence l’expression d’une opinion, c’est priver l’humanité ». La régulation ciblée existait ; l’interruption générale l’emporte.

Économie débranchée

Selon Gabon Review, le blackout frappe une « infrastructure économique parallèle » : boutiques Instagram, commandes WhatsApp, prospection Facebook. Couper les réseaux, ce n’est pas seulement faire taire ; c’est tarir des revenus. L’outil devient écosystème. L’écosystème, subsistance.

Réguler, pas éteindre

Des voix extérieures, de WakatSéra à Afrik.com, plaident pour la précision : retrait de contenus illicites, suspensions ciblées, injonctions judiciaires. Michel Foucault notait que « gouverner, c’est structurer le champ d’action des autres ». Encore faut-il calibrer l’action.

La signification cachée affleure : en actionnant l’interrupteur général, la HAC ne suspend pas seulement des plateformes ; elle révèle une tension non résolue entre sécurité et libertés, entre souveraineté et économie digitale. « On a voulu casser le thermomètre », résume Le Pays ; la fièvre, elle, demeure. À l’heure des nations connectées, éteindre la ville pour étouffer quelques incendies interroge l’avenir.

RFI / voltefaceinfos7.com

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