En République démocratique du Congo, une phrase peut devenir une faille. La suspension du général Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, après des propos controversés tenus à la télévision nationale, continue de faire des remous. Dernier en date à s’en saisir : l’opposant Emery Okundji, qui réclame la levée immédiate d’une sanction qu’il juge injuste, dénonçant une lecture biaisée et dangereusement ethnicisée.
Une parole militaire sous haute tension
Dans un pays en guerre larvée, où les frontières de l’Est restent poreuses et les nerfs à vif, chaque mot prononcé par un uniforme pèse lourd. Le général Sylvain Ekenge avait appelé à la vigilance vis-à-vis de certaines femmes tutsi, les accusant de servir les intérêts de l’ennemi rwandais. Une mise en garde sécuritaire, selon ses soutiens ; une stigmatisation ethnique, selon ses détracteurs. L’état-major a tranché par la suspension.
Okundji contre la “déformation” des propos
Pour Emery Okundji, élu du Sankuru, la sanction relève d’une manipulation. Il invoque l’article 13 de la Constitution, qui proscrit toute discrimination, et affirme que les propos du général ont été sortis de leur contexte. À ses yeux, il ne s’agissait ni de haine ni d’appel à l’exclusion, mais d’un conseil né d’une expérience sécuritaire douloureuse, éclairée, dit-il, par les stratégies régionales elles-mêmes.
Sécurité nationale ou cohésion sociale ?
Derrière la polémique, une ligne de crête : comment alerter sans diviser ? L’armée, institution républicaine, marche sur un fil tendu entre impératif sécuritaire et préservation de l’harmonie nationale. En suspendant son porte-parole, l’état-major semble avoir choisi la prudence institutionnelle. En contestant cette décision, l’opposition ouvre un débat plus large sur les limites de la parole sécuritaire. En RDC, les mots ne tombent jamais seuls. Ils résonnent, se réfractent, et parfois blessent. C’est dans cet écho que se joue aujourd’hui l’affaire Ekenge.
Didier BOFTSHI