Déchets, lois inertes et impunité : Chronique d’un système qui étouffe la cité

En République Démocratique du Congo, la pollution par les déchets s’impose comme une urgence silencieuse. Au micro de Kazimire Ngandu, le juriste Jean Ngoy Mibanga, dit Inspirare a levé le voile sur l’inefficacité de la répression, au cœur de son mémoire intitulé « La répression de la pollution par les déchets », défendu à l’Université Pédagogique Nationale pour l’obtention du grade de licencié en droit. Pourquoi la loi ne mord-elle pas ? Qui protège les pollueurs ? Comment expliquer cette inertie ? Décryptage d’un système où la norme se dissout dans l’inaction.

Lois en vitrine, justice en sommeil

D’emblée, le diagnostic est sans détour. Inspirare frappe fort : « Nous avons des textes, nous avons des principes, nous avons des sanctions… mais nous n’avons pas d’application. La loi existe, mais elle n’est pas appliquée. »

Dans cette phrase, tout est dit. Ou presque. Pour lui, le problème n’est pas juridique, mais fonctionnel : « Le droit congolais de l’environnement n’est pas vide, il est paralysé. » Une lecture qui épouse celle de Norberto Bobbio : « L’effectivité est la condition d’existence du droit. » Sans effectivité, insiste Jean Ngoy : « La norme devient un décor, une illusion de protection. »

L’impunité, ce manteau invisible

Mais derrière cette paralysie, une réalité plus troublante surgit. Inspirare nomme le mal : « Il existe un système de protection des pollueurs. Un carter institutionnel qui empêche la répression de fonctionner. » Et il enfonce le clou : « Certains acteurs savent qu’ils ne seront jamais inquiétés. Cela tue la peur de la sanction. » Le droit devient alors sélectif, capturé.

Comme l’analysait Karl Marx : « Le droit peut devenir l’expression des intérêts dominants. » Mabinga e, lucide, conclut :« Ce n’est plus seulement une crise juridique, c’est une crise de gouvernance. »

La sanction fantôme

Sur le terrain, la sanction pénale n’existe plus que dans les textes. Inspirare le dit sans détour : « Une sanction qui n’est pas appliquée est une menace vide. Elle ne dissuade personne. » Et encore : « Le pollueur ne craint plus la loi, parce qu’il ne la voit jamais agir. » Une idée qui résonne avec Hans Kelsen : « Une norme sans sanction est une norme incomplète. » Mais ici, souligne Inspirare : « La sanction existe, mais elle ne frappe pas. Elle est devenue fantôme. »

La ville qui s’habitue à mourir

Dans les rues, les déchets s’amoncellent. Et avec eux, une forme de résignation collective. Inspirare observe : « La population s’est habituée à la pollution. L’anormal est devenu normal. » Il poursuit : « Quand la loi ne réagit pas, la société finit par ne plus croire en elle. »

Ce basculement social rappelle Émile Durkheim : « Le droit reflète la conscience collective. » Et pendant ce temps, l’alerte mondiale retentit. António Guterres prévient : « Les déchets tuent les gens, la planète et les ressources naturelles. » Inspirare en tire une conclusion grave : « Ici, les déchets tuent aussi le droit. »

Face à ce tableau sombre, Jean Ngoy Mibanga lance un appel pressant : « Il faut déclencher l’action répressive. Sans cela, tout le système juridique perd son sens. » Et il insiste : « La répression doit devenir réelle, visible et constante. C’est à ce prix que le droit retrouvera son autorité. »

Dans ce paysage où les lois se taisent et les déchets parlent, une évidence s’impose : un État qui ne sanctionne pas abdique. Et comme le rappelle Norberto Bobbio : « Le problème n’est pas de proclamer les droits, mais de les faire respecter. »

Kazimire NGANDU / VFI7, voltefaceinfos7.com

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