Rutshuru en flammes : Rwankuba, l’épicentre d’une guerre sans visage où la terre elle-même vacille

Des combats d’une intensité rare opposent les wazalendo aux rebelles de AFC/M23 dans la localité de Rwankuba, en territoire de Rutshuru. Tirs nourris, armes lourdes, villages pris dans l’étau : cette nouvelle flambée de violence, survenue dès l’aube, ravive une crise chronique dans le Nord-Kivu, où la lutte pour le contrôle territorial, les rivalités régionales et l’effondrement sécuritaire condamnent des milliers de civils à l’errance.

La terre qui saigne

À Kiringa et Bwuma, le sol tremble sous les détonations. Les armes parlent plus fort que les hommes. Ce théâtre rural devient une scène stratégique où chaque colline vaut pouvoir. Comme l’écrivait David Harvey, « contrôler l’espace, c’est contrôler le destin ».

Les patriotes aux mille visages

Les wazalendo, figures de résistance ou acteurs d’un désordre diffus, incarnent cette ambiguïté tragique. Entre protection et fragmentation, ils naviguent dans cette « zone grise » décrite par Achille Mbembe, où la violence devient langage politique.

Un État en creux

À Rutshuru, l’État semble murmurer là où les armes hurlent. Le monopole de la force s’effrite, confirmant l’intuition de Max Weber : sans contrôle de la violence, la souveraineté vacille. Ici, elle se dissout dans la poudre.

Les routes de l’exil

Chaque tir trace une nouvelle fuite. Les civils deviennent des ombres en marche. La guerre ne conquiert pas, elle déplace. Zygmunt Bauman parlait de « vies jetables » : à Bwito, elles sont en transit permanent.

Derrière les fusils, une vérité s’impose : cette guerre ne cherche plus seulement à vaincre, mais à durer. Comme le notait René Lemarchand, les conflits des Grands Lacs sont des engrenages où le local nourrit le régional.

Et dans ce fracas, une question demeure, brûlante : combien de terres faudra-t-il encore pour rassasier la guerre ? Car, au fond, comme l’écrivait Carl von Clausewitz, « la guerre est un acte de violence poussé à ses extrêmes » ici, elle semble n’avoir plus de limites.

Didier BOFATSHI / VFI7, voltefaceinfos7.

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