
Le grand tamis de l’État
Le Gouvernement congolais annonce un tournant majeur dans la gestion de la Fonction publique. Dès 2027, une nouvelle politique salariale sera appliquée afin de rémunérer exclusivement le travail réellement accompli. L’annonce a été faite par le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, lors d’un briefing organisé à la RTNC, conjointement animé avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, autour du thème : « Fonction publique en chiffres : enjeux et perspectives ». Cette réforme, engagée sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, vise à assainir durablement les fichiers de l’État et à réduire les inégalités salariales persistantes entre Kinshasa et les provinces.
La chasse aux matricules invisibles
Jean-Pierre Lihau affirme que l’administration publique comptait officiellement plus de 1,4 million d’agents à son arrivée. Après plusieurs opérations de contrôle et de certification, ce chiffre a chuté à 677.630 agents réguliers. « Nous n’allons plus rémunérer des numéros matricules. Nous allons rémunérer le travail accompli », a martelé le VPM, dénonçant l’existence d’agents absents des services publics mais maintenus sur les listings de paie.
Depuis 2022, environ 17.500 fonctionnaires ont été admis à la retraite, tandis que plus de 314.000 autres approchent de la fin de carrière administrative.
Le salaire comme miroir social
Le Gouvernement assure également avoir multiplié par quatre le salaire moyen des fonctionnaires ces dernières années. Mais derrière cette embellie, les fractures salariales demeurent profondes. Entre administrations centrales et services provinciaux, l’écart reste criant.
Cette réforme apparaît ainsi comme une tentative de restauration de la justice sociale dans un appareil étatique longtemps rongé par les déséquilibres structurels. « Il faut appeler les choses par leur nom », écrivait Albert Camus. Dans la Fonction publique congolaise, cela signifie identifier ceux qui servent réellement l’État.
2027, l’année du basculement
Le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, soutient cette dynamique qu’il inscrit dans la vision de transformation portée par le Chef de l’État.
Au-delà des chiffres, cette réforme dévoile une bataille silencieuse : celle de la crédibilité administrative. Car lorsqu’un État paie des absents et oublie ceux qui travaillent, c’est toute l’architecture républicaine qui vacille. Comme le rappelait Montesquieu : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. »
