Ituri sous Ebola : Entre sorcellerie, mines et virus sans vaccin, la RDC face à une épidémie hors contrôle

Fracture sanitaire

À Bunia, en Ituri, la République Démocratique du Congo affronte sa 17ᵉ épidémie d’Ebola. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a annoncé ce samedi 16 mai 2026, à Kinshasa, un bilan provisoire alarmant : 246 cas suspects et 80 décès probables. Selon les informations consultées sur RFI par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, la flambée a débuté après le décès d’un premier patient le 24 avril, dont le corps a été transféré en zone minière de Mongwalu, catalysant la propagation. Trois zones sont touchées : Rwampara, Mongwalu et Bunia, carrefour commercial ouvert vers l’Ouganda et le Soudan du Sud.

Ministère en alerte

« Repérer le malade très vite, c’est aussi important qu’un vaccin », insiste Roger Kamba. L’État déploie une stratégie de traçage actif, appuyée par les services sécuritaires. Les équipes surveillent les aéroports et corridors transfrontaliers pour contenir un virus qui circule vite, plus vite que les réponses.

Sorcellerie et refus des soins

Premier verrou : les croyances. Dans plusieurs communautés, Ebola est d’abord interprété comme une affaire de sorcellerie. Les malades échappent aux structures sanitaires. « Ce n’est pas une maladie mystique », martèle le ministre, brisant un imaginaire fatal qui retarde la prise en charge.

Mines et contagion

Deuxième faille : la géographie économique. Mongwalu, zone minière dense et mobile, devient un accélérateur silencieux. Flux humains permanents, frontières poreuses, circulation transnationale. Ici, le virus épouse les routes de l’or et du commerce.

Virus sans bouclier

Troisième défi : la souche Bundibugyo. Sans vaccin ni traitement spécifique, elle échappe aux outils classiques. Les symptômes trompent, ressemblant à une grippe. Le retard diagnostique devient une arme pour l’épidémie.

Première ligne brisée

Quatrième choc : les soignants. Sur huit cas confirmés, quatre sont des agents de santé. « Les soignants paient le prix le plus lourd », souligne une source médicale locale. L’hôpital devient à la fois rempart et zone d’exposition.

Épidémie-monde

Plus qu’une crise locale, l’Ituri devient un nœud régional. Les flux vers l’Ouganda et le Soudan du Sud inquiètent. L’OMS rappelle que « la santé publique commence là où s’arrête la peur », une phrase qui résonne dans une zone où la peur, elle, précède encore la science.

Dans cette 17ᵉ vague d’Ebola, la RDC affronte un ennemi invisible mais amplifié par les réalités humaines : croyances, mobilité, économie minière et fragilité sanitaire. Comme le rappelait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». En Ituri, c’est peut-être d’abord le refus de nommer la maladie qui a ouvert la brèche.

Didier BOFATSHI

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