
Le cri de Bukavu
La voix du Nobel a claqué comme un tonnerre dans un climat politique déjà saturé de tensions. Denis Mukwege a publié, dimanche 17 mai 2026, une déclaration incendiaire contre toute tentative de révision constitutionnelle pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Le médecin congolais dénonce une « dérive autoritaire » au moment où l’Est de la RDC reste meurtri par les violences armées et l’instabilité institutionnelle.
La Constitution sous les braises
Dans un texte de deux pages relayé sur ses réseaux sociaux, le célèbre gynécologue accuse l’Union sacrée de vouloir « s’accrocher au pouvoir » à travers un système dominé par « le culte de la personnalité ». Pour lui, le débat sur la modification de la Loi fondamentale menace directement les fondations démocratiques du pays. « La Nation semble à la merci d’un homme », écrit-il.
Mukwege rappelle que l’article 220 interdit toute révision liée au nombre et à la durée des mandats présidentiels. Il invoque également l’article 219 qui bloque toute réforme constitutionnelle en période de guerre ou d’état d’urgence.
L’Est en flammes, Kinshasa sous pression
Le prix Nobel relie frontalement la question institutionnelle à la crise sécuritaire provoquée par les offensives de l’AFC/M23 dans l’Est congolais. Selon lui, invoquer l’insécurité pour envisager un report des élections tout en parlant d’un référendum constitutionnel relève d’une contradiction dangereuse. « Les mêmes raisons empêcheraient l’organisation d’un référendum national », insiste-t-il. Dans cette prise de parole, l’ancien candidat à la présidentielle replace la guerre au cœur du débat national : restaurer la paix avant de toucher aux équilibres institutionnels.
Le spectre des dérives
Derrière l’alerte de Mukwege se dessine une peur plus profonde : celle d’une République basculant vers une personnalisation du pouvoir. Son appel à un « sursaut citoyen » vise à réveiller une mémoire collective encore marquée par les crises politiques du passé.
Le philosophe Montesquieu écrivait : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » À Kinshasa comme à Bukavu, cette phrase résonne désormais comme un avertissement suspendu au-dessus de la démocratie congolaise.
Et tandis que le slogan « Touche pas à ma Constitution ! » reprend vie dans l’espace public, la RDC semble entrer dans une nouvelle bataille où le véritable enjeu dépasse les mandats : préserver l’idée même de l’État de droit au cœur d’une nation encore traversée par les secousses de son histoire.
Didier BOFATSHI
