RDC : La loi sur l’électricité accusée de freiner l’essor énergétique, la SNEL pointe un goulot d’étranglement structurel

Kinshasa sous le choc du déficit énergétique

À Kinshasa, le débat sur les coupures d’électricité a de nouveau enflammé l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Lors d’une plénière tenue le 8 mai, la Société nationale d’électricité (SNEL) a été interpellée sur les délestages récurrents qui paralysent la capitale et plusieurs provinces.

Face aux députés, son directeur général Teddy Lwamba a dressé un constat sans détour : le déficit énergétique du pays est structurel et aggravé par une demande en forte croissance, notamment dans le secteur minier.

Une loi devenue contrainte plutôt que levier

Au cœur du débat, une accusation centrale : la loi sur l’électricité. Selon la SNEL, certaines dispositions du cadre juridique adopté après la libéralisation du secteur en 2014 freinent aujourd’hui l’investissement privé dans la production énergétique.

Le dirigeant de la SNEL évoque un paradoxe : alors que la demande atteint environ 5 000 mégawatts dans le secteur minier, l’offre nationale reste insuffisante, creusant un déficit estimé à plusieurs milliers de mégawatts.

Investir, mais sous contraintes

Le problème, selon la SNEL, réside dans les procédures imposées aux investisseurs privés. Ceux-ci doivent passer par des mécanismes de marchés publics pour obtenir des concessions, même après avoir mobilisé leurs propres capitaux pour développer des infrastructures énergétiques.

Ce cadre est jugé dissuasif, car il introduit des exigences de concurrence et de publicité administrative incompatibles avec la logique de projets énergétiques lourds et déjà engagés financièrement.

Une crise entre droit et développement

Derrière les explications techniques se dessine une tension plus profonde : celle entre régulation juridique et impératifs de développement. Le pays, riche en potentiel hydroélectrique, peine à transformer ses ressources en énergie disponible.

Le secteur minier, moteur de la croissance économique, accentue la pression sur un réseau déjà saturé, inversant même, selon la SNEL, la capacité d’exportation énergétique. Comme le soulignait Amartya Sen : « Le développement est un processus d’expansion des libertés réelles. »

Un système sous tension permanente

La crise énergétique congolaise apparaît ainsi comme un enchevêtrement de contraintes techniques, juridiques et économiques. Entre libéralisation inachevée, insuffisance d’investissements publics et rigidités administratives, le secteur électrique peine à suivre les besoins d’un pays en transformation rapide.

Dans les couloirs de l’Assemblée, une question persiste désormais : comment réformer un cadre légal sans fragiliser davantage un système déjà sous tension ?

Didier BOFATSHI

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