
En République Démocratique du Congo, l’ONG Afrewatch alerte : près de 900 000 hectares de forêts de Miombo ont disparu en 24 ans sous la pression minière. Dans le Lualaba et le Haut-Katanga, l’extraction du cobalt et du cuivre moteurs de la transition énergétique mondiale accélère une déforestation massive. Derrière la promesse climatique, une réalité brutale : une écologie déplacée, un coût local, un bénéfice global.
La verdure saigne pour un futur électrique
La transition énergétique, célébrée comme salut planétaire, révèle son envers. Comme l’écrivait André Gorz : « Une société productiviste ne supprime pas ses nuisances, elle les déplace. »
Ici, elles s’enracinent dans le sol congolais. La forêt devient combustible silencieux d’un monde qui se veut propre.
Le sol pillé, l’ordre dévoilé
Loin d’un accident, l’extraction est système. Eduardo Gudynas le résume :
« L’extractivisme est une manière d’organiser le pouvoir. » La RDC n’exploite pas seulement ses ressources : elle incarne une architecture globale où la richesse s’extrait, mais ne reste pas.
La richesse fuit, la forêt paie
Pour Joan Martinez-Alier, « les conflits écologiques sont des conflits de distribution ».
Ici, le partage est inégal : profits mondialisés, pertes localisées. La forêt de Miombo devient métaphore une richesse qui disparaît pour alimenter ailleurs.
Le vert colonial change de visage
Sous couvert de modernité, une vieille logique persiste. Arturo Escobar avertissait : « Le développement reproduit souvent la domination. » La transition énergétique redessine les chaînes, sans les briser. Les quotas proposés par Afrewatch ne sont pas qu’un outil technique : ils murmurent une résistance. Comme le rappelait Herman Daly : « Une forêt détruite n’est pas recréée par la croissance. »
Et si, derrière chaque batterie, brûlait une forêt invisible ? Car, au fond, comme l’écrivait Albert Camus : « Nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » mais peut-être aussi commencer à le combattre.
Didier BOFATSHI
RFI / VFI7, voltefaceinfos7.com