RDC : Journalistes traqués dans les ombres armées de l’Est

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, le climat sécuritaire autour de la liberté de la presse se détériore sous l’effet des violences attribuées à divers groupes armés, dont l’AFC/M23. Selon un rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) couvrant février 2026 et publié le 6 avril, plusieurs violations ont été documentées, touchant notamment des journalistes enlevés dans les zones sous contrôle rebelle au Sud-Kivu. Neuf victimes ont été recensées, dont une femme, dans un contexte où l’espace civique continue de se rétrécir malgré une baisse statistique des cas par rapport au mois précédent.

Plumes brisées dans le silence armé

Dans les territoires du Sud-Kivu, la parole journalistique devient un risque. Des journalistes sont enlevés pour avoir couvert des faits non autorisés par les autorités locales de l’AFC/M23. À Kamanyola, un enseignant-journaliste aurait été extrait de sa salle de classe après la publication d’un article sensible. « Il a été conduit vers une destination inconnue », rapporte le BCNUDH, dans une langue administrative qui masque mal la violence du geste.

Territoires sous autorisation de dire

L’information circule sous condition. Dans certaines zones, écrire devient une permission, non un droit. Le contrôle des contenus, l’exigence d’autorisation préalable et les enlèvements ciblés dessinent une géographie de la presse sous contrainte, où chaque mot peut devenir une accusation.

Grands Lacs, grande fracture médiatique

Le rapport s’inscrit dans une dynamique régionale alarmante. L’étude de Reporters sans frontières (RSF) évoque près de 500 journalistes arrêtés ou détenus dans la région des Grands Lacs, dont plus d’une centaine au-delà de deux jours. La RDC y apparaît comme un épicentre des atteintes à la liberté de la presse, entre violences, disparitions et impunité persistante.

L’Est comme ligne de fracture mondiale

Dans cette région frontalière de récits concurrents et de souverainetés contestées, les recommandations internationales appellent à des mécanismes d’alerte et de protection renforcée. Mais sur le terrain, les dispositifs peinent à s’imposer face à la réalité des armes et des zones hors contrôle.

Un journaliste de la région résume l’état d’esprit : « Ici, informer est devenu un acte de survie ». Et Albert Londres de rappeler, comme une exigence éternelle : « Notre métier n’est pas de plaire, mais de porter la voix de ceux qu’on réduit au silence ». Dans l’Est congolais, chaque article publié semble désormais écrire une bataille invisible entre vérité et disparition.

Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceonfos7.com

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