Ormuz sous blocus : L’ONU rappelle le droit de passage face à l’escalade américano-iranienne

Le chef de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a rappelé lundi qu’aucun État n’a légalement le droit de bloquer la navigation dans le détroit d’Ormuz, qualifié de corridor vital du commerce mondial. Cette déclaration intervient alors que les États-Unis ont annoncé un blocus des ports iraniens situés dans et autour du détroit, zone stratégique désormais paralysée par les tensions militaires entre Washington et Téhéran. Selon l’ONU, la liberté de navigation et le droit de passage inoffensif doivent être garantis conformément au droit international, malgré l’intensification du conflit depuis les frappes du 28 février.

Le droit face à la mer armée

Le rappel de l’OMI réactive un principe central du droit international de la mer : la liberté de navigation. Comme le souligne Hugo Grotius, théoricien fondateur du droit maritime moderne, « la mer est libre à tous et n’appartient à personne ». Ormuz devient ici le lieu d’un affrontement entre normativité juridique et souveraineté militaire, où le droit tente de contenir la puissance sans toujours y parvenir.

Le détroit comme point de rupture

Le détroit d’Ormuz, artère énergétique mondiale, bascule dans une logique de verrou stratégique. Carl von Clausewitz rappelait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Dans ce cas, la mer devient un prolongement direct de la confrontation terrestre et diplomatique, transformant un espace commercial en zone de pression géopolitique.

L’ordre international sous tension

Le principe évoqué par l’ONU renvoie à une architecture juridique fondée sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), qui garantit le passage inoffensif. Mais comme le souligne Hedley Bull, « l’ordre international repose sur un équilibre précaire entre règles et puissance ». Ici, cet équilibre est fragilisé par la logique de blocus et de contre-blocus.

La liberté de navigation comme enjeu de pouvoir

Derrière le langage juridique, se joue une bataille stratégique majeure : contrôler Ormuz, c’est influencer les flux énergétiques mondiaux. Robert Kaplan décrivait déjà les détroits comme des “points d’étranglement de l’histoire”, où la géographie devient destin politique. L’enjeu dépasse donc le droit : il touche à la hiérarchie mondiale de la puissance.

La crise d’Ormuz illustre la tension permanente entre droit international et rapports de force. Comme le rappelle Grotius, « la liberté des mers est le fondement du commerce des nations ».
Mais dans les faits, cette liberté apparaît aujourd’hui suspendue à la capacité des puissances à la garantir. Et selon Hedley Bull, « lorsque les règles ne sont plus protégées, elles cessent d’être des ordres » une formule qui résume la fragilité d’un système international où le droit dépend encore de la force qui l’emploie.

Didier BOFATSHI

Le Figaro / VFI7, voltefaceinfos7.com

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