Le pavé et la Constitution

Malgré l’appel à l’apaisement de la CENCO et de l’ECC, l’opposition congolaise maintient la marche du 22 juillet à Kinshasa. Invité samedi d’un Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Prince Epenge a justifié cette mobilisation par la nécessité de défendre la Constitution et d’obtenir des actes concrets du pouvoir, dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires.

La marche du 22 juillet s’annonce comme un nouveau test politique pour la République démocratique du Congo. L’opposition réunie au sein de la Coalition Article 64 (C64) refuse, à ce stade, toute idée de report, malgré les efforts de médiation entrepris par les Églises catholique et protestante.

Invité d’un échange en ligne organisé samedi par Stanis Bujakera Tshiamala, Prince Epenge, président de l’ADD Congo et porte-parole de la coalition de l’opposition, a réaffirmé la tenue de la manifestation.

« La question ne se pose pas par rapport à la date du 22 juillet (…) elle est bel et bien maintenue », a-t-il déclaré, évoquant des activités de mobilisation organisées dans plusieurs communes de Kinshasa, notamment Limete, Selembao et Bumbu.

La rue comme dernier verrou

Pour les organisateurs, la manifestation dépasse le simple cadre d’une contestation politique. Elle est présentée comme une mobilisation de vigilance citoyenne face aux inquiétudes suscitées par les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle.

Prince Epenge affirme que l’opposition ne peut plus « se contenter des mots » et exige des « actes » du président Félix Tshisekedi, notamment un renoncement aux initiatives jugées contraires à l’esprit de la Constitution.

Cette position traduit une crise de confiance plus profonde. Les appels au dialogue ne suffisent plus à dissiper les soupçons d’une partie de l’opinion.

Comme l’écrivait Montesquieu, « il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois ». La citation résonne dans un contexte où la Constitution est devenue, pour une partie de l’opposition, le symbole même de la stabilité institutionnelle.

Le fantôme de 1990

En convoquant le souvenir du discours de Mobutu sur le multipartisme en avril 1990, Prince Epenge inscrit son discours dans une mémoire politique puissante.

La référence n’est pas anodine. Elle rappelle une époque où la pression populaire et la contestation avaient contribué à ouvrir une nouvelle séquence politique.

La rue redevient ainsi un espace de légitimation. Dans l’imaginaire politique congolais, elle apparaît souvent comme le lieu où se mesure le rapport de force entre le pouvoir et la société.

Cette lecture révèle aussi une dimension implicite : la faiblesse persistante des mécanismes de confiance entre acteurs politiques.

Quand la Constitution devient un symbole

Au-delà des déclarations, la séquence actuelle met en lumière une inquiétude plus large concernant la préservation du pacte républicain.

Dans un pays confronté simultanément à la guerre dans l’Est, aux tensions sociales et aux débats institutionnels, la Constitution apparaît comme un point d’ancrage. Toute perspective de modification suscite donc des réactions immédiates.

Parallèlement, les initiatives de dialogue national récemment évoquées par le chef de l’État, à l’issue des consultations avec les confessions religieuses à la Cité de l’Union africaine, visent précisément à désamorcer ces tensions. Cette information a notamment été relayée sur la page officielle de la Présidence de la République.

Cependant, l’opposition estime que les garanties politiques restent insuffisantes.

Le philosophe Hannah Arendt rappelait que « le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble ». La marche du 22 juillet s’inscrit précisément dans cette logique de mobilisation collective.

Perspectives

La manifestation annoncée pourrait constituer un tournant dans le climat politique actuel. Son ampleur, sa gestion et les réactions qu’elle suscitera seront observées avec attention.

Car derrière la bataille autour d’une date se joue une question plus fondamentale : celle de la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Comme l’écrivait Albert Camus, « une société vit de confiance et meurt de méfiance ». À Kinshasa, les pavés ne portent plus seulement des revendications ; ils portent aussi les angoisses d’une nation qui cherche encore les garanties de sa propre stabilité.

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Didier BOFATSHI

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