L’alerte d’un ancien pouvoir

Invité samedi du Space live organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Ferdinand Kambere, cadre dirigeant du PPRD et proche collaborateur de Ramazani Shadary, a dénoncé ce qu’il considère comme un recul des libertés publiques en RDC. Il appelle à préserver les acquis démocratiques issus de l’alternance de 2019 et réclame un dialogue national pour restaurer la confiance.

La démocratie en RDC est une nouvelle fois au centre du débat politique. Lors de son intervention, Ferdinand Kambere a livré une critique sévère du pouvoir de Félix Tshisekedi, accusé selon lui d’avoir rompu avec l’esprit de l’alternance historique de 2019.

L’ancien responsable du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) a dénoncé « la répression la plus sauvage que ce pouvoir ait connue ». Il estime que les avancées démocratiques observées après la transition politique de 2019 se seraient progressivement affaiblies.

Ses déclarations interviennent dans un contexte marqué par de fortes tensions politiques, des débats institutionnels et une crise sécuritaire persistante dans l’Est du pays.

L’alternance de 2019, un symbole fragilisé

Au cœur du discours de Ferdinand Kambere figure la mémoire de l’alternance politique de 2019.

Il présente cette période comme une rupture majeure en Afrique centrale. Pour lui, la transmission pacifique du pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi représentait une étape importante dans l’histoire démocratique régionale.

Cependant, cette lecture reste au centre d’une bataille politique. Alors que certains y voient une avancée institutionnelle majeure, d’autres rappellent les limites et les tensions qui ont marqué cette transition.

Pour Ferdinand Kambere, l’enjeu dépasse la simple alternance des dirigeants. Il concerne la consolidation d’un système où l’opposition, la justice et les institutions peuvent fonctionner librement.

Comme l’écrivait Norberto Bobbio, « la démocratie est le pouvoir en public ». Cette formule souligne que la démocratie ne repose pas uniquement sur les élections, mais aussi sur la transparence des décisions et la possibilité d’une contestation ouverte.

Justice, Constitution : le nouveau champ de bataille

Ferdinand Kambere a également concentré ses critiques sur les procédures judiciaires visant Joseph Kabila.

Selon lui, ces poursuites constituent une tentative d’affaiblissement politique de l’ancien chef de l’État et de son parti. Il estime que la responsabilité de la crise sécuritaire dans l’Est ne peut être imputée exclusivement au régime précédent.

Cette position ouvre un débat complexe sur la relation entre justice et politique.

Dans un État de droit, les procédures judiciaires doivent répondre aux exigences de la loi. Mais elles doivent également préserver leur indépendance afin d’éviter toute perception d’instrumentalisation.

Le cadre du PPRD a aussi rejeté toute perspective de changement constitutionnel. Il rappelle que Félix Tshisekedi a prêté serment sur la Constitution actuelle, considérant que sa modification toucherait aux équilibres fondamentaux du pays.

Comme le rappelait Montesquieu, « une Constitution ne doit être faite que pour protéger la liberté ». Le débat constitutionnel devient ainsi un affrontement autour de la stabilité institutionnelle.

Le dialogue national face à la crise de confiance

Sur le dialogue national envisagé avec l’accompagnement de la CENCO et de l’ECC, Ferdinand Kambere affiche une position prudente.

Il s’interroge sur l’efficacité réelle d’une initiative qu’il compare aux consultations précédentes, notamment celles organisées à Bujumbura, dont il juge les résultats limités.

Cette réserve révèle une difficulté majeure : la crise congolaise est aussi une crise de confiance.

Les acteurs politiques ne contestent pas seulement les décisions. Ils doutent également de la sincérité des mécanismes censés rapprocher les positions.

Pourtant, les médiations religieuses continuent de chercher un terrain commun entre les différentes forces politiques. Les démarches récentes des confessions religieuses ont été relayées par les canaux officiels de la Présidence de la République congolaise.

Dans ce contexte, le dialogue apparaît moins comme une solution immédiate que comme un test de maturité politique.

La démocratie congolaise à l’épreuve du temps

La sortie de Ferdinand Kambere dépasse finalement la seule critique du pouvoir actuel. Elle s’inscrit dans une bataille plus large sur l’interprétation de l’histoire politique récente de la RDC.

Pour le PPRD, elle traduit une alerte sur l’érosion supposée des acquis démocratiques. Pour ses adversaires, elle représente une stratégie politique visant à reconstruire une influence après la perte du pouvoir.

La question fondamentale demeure celle de la capacité des institutions congolaises à protéger durablement les libertés publiques, quel que soit le camp au pouvoir.

La démocratie en RDC se trouve ainsi face à un double défi : répondre aux attentes citoyennes tout en consolidant la stabilité nationale.

Comme le disait Winston Churchill, « la démocratie est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres qui ont été essayés ».

L’avenir politique congolais dépendra moins des accusations croisées que de la capacité des acteurs à faire vivre un espace où le désaccord devient une force de construction plutôt qu’un facteur de rupture.

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Didier BOFATSHI

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