Le retour d’une bataille politique
Invité du Space live organisé samedi par Stanis Bujakera Tshiamala, Ferdinand Kambere, cadre du PPRD et proche collaborateur de Ramazani Shadary, a dénoncé une supposée dégradation de la démocratie en RDC. Ses critiques contre Félix Tshisekedi, la justice et le projet constitutionnel ouvrent aussi un débat sur la stratégie d’une opposition cherchant à reconstruire son influence.
La démocratie en RDC s’impose une nouvelle fois comme le terrain central de confrontation entre pouvoir et opposition. Lors de cette intervention, Ferdinand Kambere a accusé le régime de Félix Tshisekedi d’avoir rompu avec l’esprit de l’alternance de 2019.
Le responsable du PPRD a dénoncé « la répression la plus sauvage que ce pouvoir ait connue » et évoqué une dérive qu’il qualifie de « tyrannie » et de « dictature ».
Ces accusations, formulées dans un contexte politique tendu, illustrent une bataille plus profonde : celle du contrôle du récit sur l’histoire récente du Congo.
Derrière la critique du pouvoir actuel apparaît également une tentative de repositionnement d’un parti marqué par plusieurs années de gouvernance et aujourd’hui contraint de reconstruire sa place dans l’opposition.
Une rhétorique de rupture pour remobiliser
Le discours de Ferdinand Kambere repose sur une dénonciation frontale. En présentant la situation actuelle comme une menace pour les libertés publiques, il cherche à mobiliser autour d’une idée forte : la défense des acquis démocratiques.
Cependant, cette stratégie s’inscrit aussi dans une logique classique de reconquête politique. Les formations d’opposition utilisent souvent la critique institutionnelle pour retrouver une capacité d’influence auprès de l’opinion.
Le choix des mots n’est donc pas neutre. Parler de « tyrannie » ou de « dictature » vise à créer un sentiment d’urgence politique.
Mais cette rhétorique soulève également une interrogation : la dénonciation d’une dérive démocratique suffit-elle à effacer les critiques adressées au PPRD durant ses dix-huit années au pouvoir ?
Les questions liées aux libertés publiques, aux institutions électorales et à la gouvernance avaient déjà alimenté de nombreux débats sous l’ancien régime.
Comme le rappelait le sociologue Pierre Bourdieu, « le pouvoir symbolique est un pouvoir de construction de la réalité ». En politique, imposer son récit revient souvent à gagner une partie du combat.
L’héritage Kabila, entre défense et controverse
2La défense de Joseph Kabila constitue un autre pilier du discours de Ferdinand Kambere.
L’ancien cadre du PPRD conteste les procédures judiciaires visant l’ancien président et estime qu’elles participent à une stratégie d’affaiblissement politique de son camp.
Pour ses partisans, cette position traduit une exigence de respect des droits politiques et des garanties judiciaires. Pour ses détracteurs, elle apparaît comme une tentative de réhabilitation d’un bilan encore largement discuté.
Le rappel constant de l’alternance de 2019 occupe une place importante dans cette bataille mémorielle.
Pour le PPRD, cette transition pacifique du pouvoir représente un héritage historique à défendre. Pour d’autres acteurs politiques et sociaux, elle reste une période marquée par des compromis institutionnels et des controverses.
Ainsi, l’alternance devient plus qu’un événement politique. Elle devient un symbole disputé.
Comme l’écrivait George Orwell, « celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir ». La mémoire politique devient alors un instrument de pouvoir.
Constitution et dialogue, les nouveaux fronts
Ferdinand Kambere a également rejeté tout changement constitutionnel envisagé par le camp présidentiel.
Selon lui, une telle initiative fragiliserait les équilibres institutionnels établis. Cette position rejoint les inquiétudes exprimées par une partie de l’opposition sur la stabilité du cadre constitutionnel.
Toutefois, le débat reste ouvert. Les défenseurs d’une réforme institutionnelle estiment qu’une Constitution peut évoluer pour répondre aux réalités nationales.
Au-delà du texte juridique, la question révèle une crise de confiance entre les acteurs politiques.
Le responsable du PPRD s’est aussi montré sceptique face au dialogue national accompagné par la CENCO et l’ECC. Il doute de son efficacité et redoute une répétition des consultations précédentes.
Pourtant, dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante dans l’Est, la recherche d’un compromis demeure un enjeu majeur.
Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble ». La stabilité politique dépend donc autant des institutions que de la capacité des acteurs à construire un espace commun.
Une opposition entre principes et reconquête
La sortie de Ferdinand Kambere révèle finalement une double réalité.
D’un côté, elle exprime une critique politique du pouvoir actuel sur les libertés publiques, la justice et les institutions. De l’autre, elle traduit la volonté d’un ancien parti dominant de retrouver une influence nationale.
La bataille engagée ne porte donc pas uniquement sur Félix Tshisekedi ou Joseph Kabila. Elle concerne la manière dont les Congolais interprètent leur propre histoire politique.
Chaque camp tente aujourd’hui d’imposer sa lecture : celle d’une démocratie menacée pour les uns, celle d’une opposition en quête de retour pour les autres.
L’avenir dépendra de la capacité des acteurs à dépasser les récits concurrents pour répondre aux attentes sociales et sécuritaires du pays.
Comme l’affirmait Nelson Mandela, « une démocratie véritable doit donner une voix aux sans-voix ».
En RDC, la véritable victoire démocratique ne sera pas seulement de conquérir le pouvoir, mais de construire un système où aucun camp ne considère la nation comme son propre héritage.
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime
