
Le règne du dollar dans le viseur
L’Assemblée nationale a adopté, mercredi 3 juin 2026, une proposition de loi modifiant et complétant la législation sur les baux à loyer non professionnels, ouvrant la voie à une réforme majeure du secteur locatif en République Démocratique du Congo. Au cœur de cette initiative figure une disposition phare : l’obligation de fixer et de payer les loyers en franc congolais.
Adopté par 343 députés sur 345 votants, le texte entend renforcer la place de la monnaie nationale dans les transactions immobilières et limiter la dépendance du marché locatif aux devises étrangères. Cette réforme intervient dans un contexte où la dollarisation de nombreux secteurs de l’économie continue d’exercer une pression sur le pouvoir d’achat des ménages.
Le retour annoncé du franc dans les maisons
Au-delà de la monnaie de paiement, la nouvelle législation prévoit plusieurs innovations. Elle introduit notamment un permis de bail, la création d’un registre national des baux ainsi qu’un encadrement des mécanismes de réajustement des loyers.
L’objectif affiché est de mieux structurer un secteur souvent marqué par l’informalité, les litiges et l’absence de mécanismes de contrôle efficaces.
Comme l’affirmait l’économiste John Maynard Keynes, « la confiance dans une monnaie est l’un des fondements de la stabilité économique ». À travers cette réforme, le législateur semble vouloir restaurer cette confiance en renforçant l’usage du franc congolais dans la vie quotidienne.
Une réforme sociale avant d’être monétaire
Derrière cette mesure se cache également un enjeu de justice sociale. Dans plusieurs villes du pays, les loyers indexés sur le dollar exposent les locataires aux fluctuations du taux de change et à une hausse imprévisible des charges de logement.
En imposant le franc congolais comme référence, les députés cherchent à offrir davantage de prévisibilité aux ménages et à protéger leur capacité financière face aux turbulences monétaires. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation de la souveraineté économique nationale, où la monnaie devient un instrument de gouvernance autant qu’un symbole d’indépendance.
Le dernier mot revient au Sénat
L’adoption à une écrasante majorité traduit un large consensus politique autour de la réforme. Toutefois, le processus législatif n’est pas encore achevé. Conformément à la procédure en vigueur, le texte a été transmis au Sénat pour une seconde lecture avant son éventuelle promulgation.
L’enjeu dépasse désormais le simple cadre juridique. Il touche à la relation entre l’État, la monnaie et le quotidien de millions de citoyens. Comme l’écrivait Montesquieu, « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ». Le défi sera donc de transformer cette ambition législative en réalité concrète sur le terrain.
Car si la loi peut imposer une monnaie dans les contrats, seule la confiance collective pourra lui donner toute sa valeur. Entre souveraineté monétaire, protection des locataires et encadrement du marché immobilier, la RDC ouvre ainsi un nouveau chapitre de son histoire économique.
Didier BOFATSHI

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