Une alerte qui dépasse l’urgence sanitaire immédiate
Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, l’ancien gouverneur de l’Ituri et sénateur Jean Bamanisa Saidi appelle à un changement de paradigme dans la lutte contre Ebola. Face à la résurgence de la souche Bundibugyo, il plaide pour la construction de centres de traitement permanents et le renforcement durable des capacités de riposte sanitaire.
Selon ses déclarations, la récurrence des flambées épidémiques dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne peut plus être traitée comme une succession de crises isolées. Elle traduit, selon lui, une vulnérabilité structurelle aggravée par l’insécurité et les déplacements massifs de populations.
Une maladie, un territoire, une fragilité persistante
L’Est congolais demeure un espace où les crises sanitaires se superposent aux crises sécuritaires. Cette imbrication complique la réponse médicale et fragilise les mécanismes de prévention.
Bamanisa insiste sur la nécessité de constituer des stocks permanents de médicaments, de tests et d’équipements de protection, ainsi que de renforcer la surveillance épidémiologique et le suivi des contacts. La riposte ne peut plus être improvisée, elle doit devenir infrastructurelle.
Du temporaire au permanent : un changement de doctrine sanitaire
La proposition de centres permanents marque un tournant conceptuel. Il ne s’agit plus seulement de répondre à une épidémie, mais de s’y préparer en amont, de manière structurelle.
« Il est plus facile de prévenir que de guérir », écrivait Hippocrate, rappelant un principe fondateur de la médecine. Dans le cas congolais, cette prévention implique désormais une architecture sanitaire durable, intégrée aux réalités locales.
Michel Foucault soulignait que « la médecine est une forme de pouvoir sur la vie ». Ici, elle devient aussi un instrument de stabilisation sociale dans des territoires fragilisés.
Entre défi sanitaire et défi de gouvernance
Derrière la question médicale se cache une problématique plus large : celle de la gouvernance sanitaire dans un espace marqué par l’insécurité et la méfiance communautaire.
Les précédentes épidémies ont montré les limites d’une réponse exclusivement d’urgence, souvent confrontée à la désinformation et à la défiance envers les équipes médicales. Bamanisa insiste sur l’implication des communautés locales comme condition essentielle de réussite, rappelant que la santé publique ne peut être efficace sans adhésion sociale.
Ebola, miroir d’un système à reconstruire
La récurrence des épidémies d’Ebola en RDC transforme progressivement la perception de la crise : elle n’est plus un événement exceptionnel, mais un symptôme structurel. « Gouverner, c’est prévoir », rappelait Émile de Girardin.
Et dans l’Est du pays, une question demeure centrale : la lutte contre Ebola doit-elle encore être pensée comme une réaction, ou comme une infrastructure permanente de l’État ? « Là où la nécessité devient permanente, la réponse doit cesser d’être provisoire », écrivait Hannah Arendt, rappelant que la durée des crises impose la transformation des systèmes qui y répondent.

