
Au Parlement européen, un texte s’apprête à redessiner la cartographie humaine du continent. Le « règlement retour », porté sous l’impulsion de la Commission européenne, promet d’accélérer les expulsions des étrangers en situation irrégulière. Mais derrière l’efficacité affichée, les associations dénoncent une mécanique froide, aux conséquences humaines vertigineuses.
Des frontières qui expulsent jusqu’à l’invisible
Le projet introduit des « hubs de retour » hors du territoire européen : des centres d’expulsion externalisés. Une architecture migratoire délocalisée, presque déterritorialisée. Pour les ONG comme La Cimade, c’est une rupture majeure : éloigner, invisibiliser, soustraire au regard. Comme l’écrivait Michel Foucault, « le pouvoir s’exerce d’autant mieux qu’il est invisible ».
L’exil sans seconde chance
Autre basculement : l’universalisation des décisions d’expulsion à l’échelle européenne. Une décision prise dans un État s’imposerait à tous. Plus de réexamen, plus de temporalité humaine. Une vie reconstruite ailleurs pourrait être effacée d’un trait administratif. Ici, le droit devient mécanique. Et l’homme, variable. Hannah Arendt rappelait que « le droit d’avoir des droits » est le premier des droits.
La vitesse contre la justice
Le texte s’inscrit dans le prolongement du Pacte asile et migration, réduisant les délais, limitant les recours. Expulser avant juger : inversion silencieuse des principes. Les associations dénoncent une procédure précipitée, sans étude d’impact ni véritable consultation. Une législation façonnée dans l’urgence politique plus que dans la délibération.
L’Europe sous tension identitaire
Ce durcissement reflète un climat : celui d’une Europe travaillée par ses peurs. Sous la présidence de Ursula von der Leyen, le virage est assumé. L’immigration devient enjeu central, parfois instrumentalisé. Comme l’écrivait Zygmunt Bauman, « les étrangers incarnent nos angoisses ».
Au-delà des chiffres, c’est une vision du monde qui se joue : celle d’une Europe forteresse ou d’une Europe refuge. Et dans ce basculement, une interrogation persiste, brûlante : que reste-t-il de l’idéal européen lorsque l’exil devient faute ? « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés », écrivait Victor Hugo. Reste à savoir si l’Europe veut encore entendre cette vérité.
RFI / VF7, voltefaceinfos7