Dans les murs des maisons et des immeubles de Kinshasa, l’électricité circule souvent sans règles, sans contrôle ni certification. Ce qui devrait éclairer devient une menace silencieuse : électrocutions, incendies, destructions d’appareils. Pour l’ingénieur Fabrice IKENGE, directeur technique de Multi-Service MAVTY, « chaque installation non certifiée est une bombe à retardement ».
Fils nerveux, flammes dormantes
« Trop souvent, je constate des câbles mal dimensionnés ou branchés sur des prises surchargées », explique Fabrice IKENGE. « Dans certains quartiers, une seule multiprise peut alimenter un frigo, un téléviseur et une climatisation. Cela suffit pour provoquer un court-circuit ou un incendie. » À ses yeux, le danger est évident : « L’électricité est une énergie noble, mais mal canalisée, elle devient flamme ou électrocution. »
Libertinage technique : le chaos invisible
Selon Fabrice IKENGE, le problème n’est pas seulement technique : « Ici, n’importe qui peut se déclarer électricien et intervenir dans une maison sans formation ni agrément. Dans d’autres pays, comme en France avec la norme NF C 15-100, ou aux États-Unis avec le National Electrical Code, chaque installation doit être inspectée et certifiée avant mise sous tension. »
Il poursuit : « Un permis de construire ne suffit pas. Dans ces pays, un certificat de conformité électrique est obligatoire avant l’alimentation. Cela protège les habitants et responsabilise les installateurs. »
L’État absent, la ville vulnérable
« Nous avons un Guichet Unique de Permis de Construire (GUPEC), mais il ne couvre pas la sécurité électrique », déplore IKENGE. « Résultat : les bâtiments obtiennent un permis, mais leurs réseaux restent hors contrôle, exposant la ville entière à des risques invisibles. »
Professionnels en alerte : l’exemple pratique
Fabrice IKENGE cite des solutions concrètes : « Chez Multi-Service MAVTY, nous procédons systématiquement à la mise à la terre, au dimensionnement exact des câbles et à l’installation de disjoncteurs différentiels pour chaque circuit. Ces pratiques, bien que coûteuses, sauvent des vies. »
Il insiste : « L’État doit instaurer un système similaire à ce qui se fait ailleurs : certification obligatoire, inspection avant mise sous tension et agrément des installateurs. Cela réduirait drastiquement les accidents domestiques. »
Pour IKENGE, la régulation n’est pas optionnelle : « La liberté n’est vraie que lorsque la sécurité est garantie. » Montesquieu rappelait : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce que les lois permettent. »
Et pour paraphraser Jane Jacobs : « La sécurité d’une ville commence dans ses infrastructures invisibles. » Aujourd’hui, la lumière congolaise doit être protégée par des règles avant qu’elle ne devienne tragédie.
Didier BOFATSHI / voltefaceinfos7.com