Kinshasa : Quand le réveil dort, l’Église sans arbitre, théâtre d’un pouvoir sans frein

À Kinshasa, le différend opposant le pasteur Léopard Mutombo à Didier Mayemba dépasse la simple querelle personnelle. Derrière les accusations et la saisine du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, se dessine une faille structurelle : l’absence d’une autorité ecclésiale forte au sein de l’Église de Réveil au Congo, incapable de réguler, arbitrer ou sanctionner efficacement ses propres acteurs.

Autorité fantôme, chaos visible

Officiellement, l’Église de Réveil au Congo encadre ses membres à travers des textes et affiliations. Mais dans la pratique, l’autorité s’efface. Elle couvre sans contraindre, reconnaît sans réguler. Résultat : les conflits internes se déploient sans filtre, livrés à la place publique. « Que tout se fasse avec bienséance et avec ordre » (1 Corinthiens 14 : 40) un principe ici visiblement désarticulé.

Sanction absente, parole débridée

Faute de mécanismes disciplinaires opérationnels, aucune instance ne tranche, n’arbitre ou ne corrige. L’impunité nourrit l’escalade verbale et médiatique. Dans toute organisation, l’absence de sanction crédible affaiblit la norme. « Car l’Éternel châtie celui qu’il aime » (Hébreux 12 : 6) : la discipline, loin d’être punitive, est structurante.

Couverture sans contrôle

L’Église de Réveil au Congo agit comme une bannière administrative plus que comme une autorité fonctionnelle. Certaines figures ecclésiales évoluent en quasi-autonomie, échappant à toute supervision réelle. Cette dissociation entre reconnaissance formelle et contrôle effectif crée un vide de gouvernance propice aux dérives.

Pouvoir émietté, légitimité contestée

Lorsque l’autorité centrale vacille, les leaderships locaux se radicalisent. Le conflit Mutombo–Mayemba devient alors symptôme d’un système fragmenté, où chacun revendique légitimité sans véritable arbitrage supérieur. La crise n’est plus individuelle : elle est institutionnelle.

Sans régulation interne forte, l’Église s’expose à voir ses différends migrer vers des instances extérieures, au risque de diluer son autorité spirituelle. « Toute maison divisée contre elle-même ne peut subsister » (Marc 3 : 25) : l’avertissement résonne avec acuité.

L’absence d’arbitre transforme la foi en champ de rivalités. Comme l’écrivait Thomas Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme. » Sans autorité pour contenir les tensions, même le sacré peut devenir terrain de lutte.

Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com

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