Kigali, Kinshasa et le tambour fêlé de la paix

L’Union africaine a repris la route des capitales comme on ravive un feu ancien. De Kinshasa à Kigali, cinq anciens chefs d’État marchent sur une ligne de crête : empêcher l’explosion, sans encore promettre la guérison. Officiellement, il est question de paix. Officieusement, il s’agit surtout de reprendre la main sur le récit d’un conflit que l’Afrique refuse désormais de voir écrit par d’autres.

Au cœur de cette chorégraphie diplomatique, un mot-talisman : solutions africaines. Une formule lourde de sens, légère de contraintes. Kigali l’accepte, Kinshasa l’espère, l’UA la brandit. Comme l’écrivait Raymond Aron, « la paix n’est jamais un état naturel, mais un équilibre instable ». Et l’équilibre, ici, reste précaire.

Le masque de la parole

À Kigali, l’adhésion de Paul Kagame au cadre africain sonne comme un gong politique. Le geste est fort, l’engagement flou. Hans Morgenthau l’avait prévenu : « les principes moraux servent souvent à habiller les intérêts de puissance ». La paix est invoquée, mais le rapport de force demeure intact.

Le tambour sans baguettes

L’UA frappe à la porte de la désescalade avec l’arme du dialogue. Du soft power, dirait Joseph Nye, efficace seulement lorsqu’il est soutenu par une force crédible. Ici, la légitimité est réelle, les leviers rares.

Les absents qui crient

Dans l’ombre, les populations de l’Est congolais attendent. Mentionnées, mais peu intégrées. Johan Galtung rappelait que « la paix sans justice n’est qu’un silence armé ». Le risque est là : une paix de sommets, fragile sur le terrain.

Cette mission n’est pas encore une solution, mais un révélateur. Celui d’une Afrique face à elle-même. Et l’avertissement de Robert Cox résonne : « toute solution qui ignore les rapports de force finit par les servir ». La question n’est plus de savoir qui parle de paix, mais qui est prêt à en payer le prix.

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