Kalemie, province du Tanganyika, 23 avril 2026, Dans une ville traversée par des fractures sécuritaires profondes, au moins quatre personnes accusées d’actes de criminalité ont été brûlées vives en l’espace d’une semaine par des habitants excédés. Ces violences dites de justice populaire, documentées par la société civile locale, se sont produites dans plusieurs quartiers de Kalemie, sur fond de défiance grandissante envers les mécanismes officiels de sécurité et de justice. Tandis que les autorités appellent au retour de l’ordre, la population, elle, semble avoir franchi le seuil du recours à la violence collective, dans un climat où la peur dicte désormais la sentence avant le droit.
La ville en brasier silencieux
Kalemie ne crie plus seulement son insécurité : elle la matérialise dans la chair des soupçons. En une semaine, quatre silhouettes ont été happées par la fureur collective, consumées dans l’espace public par des habitants persuadés de rendre justice eux-mêmes. Des quartiers entiers, notamment des zones jugées sensibles, deviennent le théâtre d’une justice sans juge, où la rumeur remplace le tribunal.
La peur qui juge avant le droit
Selon la société civile locale, les victimes étaient soupçonnées d’implication dans des vols à main armée et des agressions répétées. Mais dans cette mécanique implacable, la preuve s’efface derrière l’émotion.
« Nous dénonçons la multiplication des cas de justice populaire… même les innocents peuvent être pris pour cible », a averti Tarcisse Ngondo, porte-parole de la société civile, appelant à rompre avec cette spirale de représailles.
Le pacte rompu entre État et citoyens
Au cœur du drame, une fracture plus profonde : celle de la confiance. L’absence de réponse perçue comme efficace face à la criminalité nourrit une logique de substitution. La population, désabusée, se transforme en bras exécutif, court-circuitant institutions et procédures. L’État, lui, apparaît en recul dans l’imaginaire collectif de protection.
Quand la justice devient écho de la colère
Dans cette dérive, la justice n’est plus une architecture de droit mais un réflexe de survie. La frontière entre accusé et condamné s’effondre sous le poids de la peur collective. Chaque rumeur devient verdict, chaque suspicion une sentence. Une mécanique dangereuse où la vérité n’a plus le temps de naître.
Appel à restaurer l’ordre du droit
Face à cette escalade, la société civile plaide pour un renforcement urgent des dispositifs sécuritaires, notamment par des patrouilles accrues dans les zones les plus exposées, comme certains axes du quartier Joseph dans la commune de Lukuga. Mais au-delà de la présence policière, c’est la reconstruction du lien de confiance qui s’impose comme urgence structurelle.
Entre cendres et conscience
« Lorsqu’une société cesse de croire en la justice, elle commence à croire en la vengeance », rappelle une maxime souvent attribuée à Albert Camus, résonnant avec une acuité particulière dans les rues de Kalemie. Dans les ruelles encore marquées par les stigmates de ces violences, une vérité demeure : la sécurité ne se construit pas dans le feu, mais dans la parole restaurée du droit. Et comme le suggère Victor Hugo, en écho lointain à ces drames contemporains : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison » — encore faut-il, avant tout, rouvrir la confiance.
Didier BOFATSHI
Yabiso news / VFI7
Okapi, Téléphone ya bana mboka

