
Kinshasa, 23 avril 2026 — Alors que des initiatives politiques émergent au sein de la majorité présidentielle en vue d’une révision de la Constitution du 18 février 2006, l’opposant Martin Fayulu met en garde contre une démarche qu’il juge dangereuse dans un contexte de crise sécuritaire aiguë en République démocratique du Congo. Sur fond de conflits persistants à l’Est, de fragmentation administrative et de tensions politiques internes, le débat constitutionnel s’invite dans un climat de défiance institutionnelle croissante.
Une Constitution au cœur d’un champ de ruines politiques
La controverse s’ouvre sur un terrain déjà fragilisé : celui d’un État confronté à des zones d’influence concurrentes et à une autorité contestée dans plusieurs régions. Pour Martin Fayulu, toute tentative de révision constitutionnelle dans ce contexte relève d’un pari risqué. Il dénonce une initiative engagée alors que « le peuple souffre chaque jour » et que « des administrations parallèles prolifèrent », traduisant selon lui une érosion préoccupante de l’unité étatique.
Le cri d’alarme d’une opposition en vigilance
Le leader de la coalition Lamuka s’exprime avec gravité sur les réseaux sociaux, appelant à la prudence face à ce qu’il considère comme une dérive institutionnelle. « Réviser notre Constitution aujourd’hui… c’est s’engager sur une voie périlleuse, aux conséquences dangereuses », avertit-il, liant la réforme envisagée à une instabilité structurelle du pays. Dans sa lecture, le problème ne réside pas dans le texte fondamental, mais dans son non-respect chronique.
Le diagnostic d’un État sous tension
Au-delà de la critique politique, Fayulu dresse le portrait d’un pays fragmenté : insécurité persistante à l’Est, présence de groupes armés, et perte d’autorité dans certaines zones. Il évoque une situation où « une partie du territoire est occupée », soulignant une souveraineté mise à l’épreuve et une gouvernance fragilisée par des réalités de terrain multiples et concurrentes.
Une bataille de récits sur la réforme institutionnelle
Face à cette opposition, la majorité présidentielle, via l’Union sacrée, appelle à une démarche participative. Une commission doit recueillir les propositions des différentes couches sociales avant transmission d’un rapport au chef de l’État. Ce processus est présenté comme une ouverture au débat national, mais il est perçu par l’opposition comme une manœuvre potentiellement sensible dans un contexte instable.
La fracture entre légalité et légitimité
Le débat dépasse la technique juridique pour toucher à la confiance institutionnelle. Fayulu insiste sur une idée centrale : même une nouvelle Constitution ne résoudra rien si les règles existantes ne sont pas respectées. Cette tension met en lumière une problématique récurrente en RDC : la distance entre le cadre normatif et sa mise en œuvre effective, dans un environnement politique sous pression.
La prudence face à l’irréversible
« Les hommes passent. La Nation demeure », rappelle Martin Fayulu dans son interpellation, posant la question du temps long face aux décisions politiques immédiates. Dans un pays où les équilibres institutionnels restent fragiles, la réforme constitutionnelle apparaît comme un moment de haute sensibilité. Comme le souligne une réflexion souvent attribuée à des penseurs du pouvoir : toucher aux fondations d’un État en crise revient à déplacer ses murs sans en consolider le sol.
Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka
