
Uvira, Sud-Kivu, 23 avril 2026, Une première vague de 470 réfugiés congolais en provenance du Burundi a entamé son retour vers la République démocratique du Congo ce jeudi, franchissant la frontière de Kavimvira sous la supervision du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et des autorités locales. Ce rapatriement volontaire s’inscrit dans un mouvement progressif de retour des populations déplacées, fuyant les violences armées dans l’est du pays, notamment après les récents épisodes d’insécurité ayant provoqué des déplacements massifs vers les pays voisins.
Le retour des silences déplacés
Ils sont plusieurs centaines à reprendre la route du pays natal, quittant le camp de Busuma, au Burundi, pour retrouver Uvira. Le mouvement, organisé tôt dans la journée, marque une étape symbolique dans la longue spirale des déplacements forcés qui frappent le Sud-Kivu. Entre valises légères et regards chargés d’incertitude, ce retour n’a rien d’un triomphe : il ressemble davantage à une traversée prudente vers un territoire encore marqué par les cicatrices de la guerre.
Une opération humanitaire encadrée
Le dispositif est coordonné par le HCR en partenariat avec les autorités congolaises et les agences humanitaires. À leur arrivée, les rapatriés bénéficient d’un soutien logistique et social destiné à faciliter leur réintégration. « Nous donnons du transport à partir du Burundi… un petit paquet retour pour leur permettre de se réintégrer dans la sécurité et dans la dignité », explique Brigitte Eno, responsable du HCR au Burundi. Une assistance alimentaire et financière est également prévue, notamment via le Programme alimentaire mondial (PAM).
Kavimvira, porte d’entrée d’un espoir fragile
À la frontière de Kavimvira, un site d’accueil a été aménagé pour recevoir les rapatriés. Les autorités locales, en collaboration avec les partenaires humanitaires, y organisent l’enregistrement et l’orientation des familles. La société civile est également mobilisée, appelée à contribuer à la fluidité et à la dignité de l’opération, dans un contexte où chaque retour doit éviter de se transformer en nouvelle désillusion.
Uvira sous tension, mais ouverte au retour
Les autorités provinciales du Sud-Kivu assurent que les conditions sécuritaires ont été prises en compte. Le vice-gouverneur Jean Jacques Elakano affirme que des dispositions ont été mises en place pour garantir un retour encadré et relativement sécurisé dans les zones d’accueil. Ce discours institutionnel tente de rassurer, dans une région encore marquée par des instabilités persistantes.
L’ombre des déplacements massifs récents
Ce retour s’inscrit dans un contexte humanitaire lourd. Fin 2025, l’occupation d’Uvira par des éléments de l’AFC/M23 avait provoqué un exode massif estimé entre 60 000 et 65 000 personnes vers le Burundi, selon les agences des Nations unies. Ce flux inverse, bien que limité pour l’instant, symbolise une tentative de rééquilibrage fragile entre départs forcés et retours progressifs.
Revenir sans vraiment rentrer
« Le retour n’est pas toujours la fin de l’exil, parfois il en est seulement une autre forme », rappelle une réflexion récurrente dans les travaux humanitaires sur les déplacements forcés. À Uvira, ces 470 voix rentrantes portent autant d’espoirs que d’incertitudes. Comme l’écrivait Albert Camus : « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été ». Mais ici, cet été reste suspendu entre la promesse du retour et la fragilité d’un pays encore en reconstruction.
