Goma : L’aéroport verrouillé, la parole fracturée, Kinshasa et l’AFC/M23 se renvoient la clé d’un ciel fermé

Goma, Nord-Kivu, 23 avril 2026 , La question de la réouverture de l’aéroport international de Goma demeure en suspens après un nouveau cycle de discussions tenu à Montreux, en Suisse, entre le gouvernement congolais et les représentants de l’AFC/M23. Selon le mouvement rebelle, la responsabilité de la fermeture de l’espace aérien incombe à Kinshasa, qui détiendrait également, selon ses responsables, la clé technique et politique de toute réouverture. Dans un contexte de négociations fragiles, l’infrastructure stratégique reste paralysée, symbole d’un conflit où la souveraineté, la sécurité et l’humanitaire s’entrecroisent sans issue immédiate.

Un aéroport suspendu entre deux souverainetés

L’aéroport de Goma demeure fermé, figé comme une frontière invisible au cœur d’une ville stratégique de l’Est congolais. À Montreux, les discussions entre délégations n’ont pas permis de lever les blocages. Pour l’AFC/M23, la position est claire : « Pour l’ouverture de l’aéroport de Goma, tout est entre les mains de Kinshasa », a déclaré Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent du mouvement. Une affirmation qui déplace le centre de gravité du débat vers les autorités nationales, accusées d’avoir fermé l’espace aérien.

Le récit d’une infrastructure en ruine

Au-delà du bras de fer politique, le mouvement décrit une réalité technique dégradée. L’aéroport, selon ses responsables, ne serait plus qu’une piste endommagée, marquée par des destructions et des risques sécuritaires. « Tout a été pillé… l’aéroport est une simple piste, même trouée par les bombes », affirme encore Mbonimpa, évoquant des problèmes de déminage et de non-fonctionnement de la tour de contrôle. Dans ce récit, l’infrastructure devient un espace vulnérable, suspendu entre guerre et reconstruction impossible.

Kinshasa accusé, responsabilité contestée

Le cœur du différend repose sur une bataille de légitimités. D’un côté, Kinshasa est accusée d’avoir initié la fermeture de l’espace aérien ; de l’autre, le gouvernement central maintient ses exigences sécuritaires et administratives. Cette tension révèle une fracture plus large : celle de la gouvernance d’un territoire disputé, où chaque acteur revendique la responsabilité sans assumer seul les coûts politiques et sécuritaires de la réouverture.

Les négociations de Montreux dans l’impasse

Les discussions prévues pour aborder simultanément les questions de l’aéroport et des banques n’ont pas suivi le calendrier initial. Selon l’AFC/M23, la partie gouvernementale aurait modifié son approche à la dernière minute, ralentissant encore un processus déjà fragile. Le mouvement affirme néanmoins rester ouvert au dialogue, sous réserve de garanties sécuritaires et de médiation internationale, soulignant les risques d’une réouverture mal encadrée dans une zone encore instable.

Une infrastructure au cœur des enjeux humanitaires

En arrière-plan, la dimension humanitaire demeure centrale. L’aéroport de Goma est aussi un point névralgique pour l’acheminement de l’aide et la mobilité régionale. Lors de la conférence de Paris du 30 octobre 2025, la France et le Togo avaient appelé à sa réouverture, évoquant un « signal concret et attendu » pour les populations du Nord-Kivu, dans un cadre plus large de soutien à la paix et à la stabilité des Grands Lacs.

Le ciel fermé des solutions politiques

« Les infrastructures ne se réparent pas seulement avec du béton, mais avec de la confiance », résume une maxime souvent reprise dans les cercles diplomatiques. À Goma, le ciel reste fermé, non pas seulement par décision administrative, mais par la persistance d’un désaccord politique profond. Comme l’écrivait Albert Camus, dans une lecture plus universelle des crises humaines : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Ici, l’aéroport n’est plus seulement une piste : il est devenu le miroir d’un conflit qui refuse encore de trouver sa porte de sortie.

Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *