Afghans bloqués au Qatar : Refus catégorique d’un transfert vers la RDC, crise des promesses américaines en suspens

Doha, Qatar, 23 avril 2026 , Au camp As-Sayliyah, environ 1 100 ressortissants afghans évacués après la chute de Kaboul contestent un projet de réinstallation envisagé par l’administration américaine vers plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo. Ces anciens collaborateurs des forces américaines en Afghanistan refusent catégoriquement cette option, qu’ils jugent incompatible avec leur sécurité et leurs engagements passés, et exigent la mise en œuvre des promesses initiales de réinstallation aux États-Unis. La controverse relance le débat sur la responsabilité morale de Washington envers ses alliés de guerre et sur les limites des politiques de réinstallation internationale.

Refus net d’un exil africain imposé

La position est sans équivoque : les Afghans du camp As-Sayliyah rejettent toute relocalisation en RDC. Pour eux, ce scénario n’est ni viable ni acceptable. « Nous ne voulons pas aller en République démocratique du Congo. Nous n’y avons pas de famille. Nous n’y parlons pas la langue. Nous n’y avons aucun statut légal », affirment-ils dans une déclaration transmise à la presse, dénonçant un pays déjà marqué par ses propres conflits armés.

Une promesse américaine devenue ligne de fracture

Ces familles rappellent leur passé militaire aux côtés des États-Unis durant les deux décennies de guerre en Afghanistan. Leur revendication repose sur une logique de loyauté réciproque. « Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons aux États-Unis de tenir la promesse qu’ils nous ont faite… On nous a répété pendant vingt ans que l’Amérique n’oublie pas ses amis », soulignent-ils, évoquant soldats, interprètes et civils ayant collaboré avec les forces américaines.

Un camp sous tension et sous menace

Installés dans une ancienne base militaire américaine au Qatar, les exfiltrés décrivent des conditions de vie précaires et une insécurité psychologique persistante. « Des missiles sont passés près de chez nous… des débris sont tombés sur ou près de nos habitations », alertent-ils, ajoutant que leurs enfants vivent dans la peur constante de nouvelles frappes dans une région marquée par des tensions régionales.

La RDC, destination contestée et redoutée

Le projet de transfert vers la République démocratique du Congo cristallise les tensions. Les intéressés invoquent à la fois l’absence de liens sociaux, les barrières linguistiques et l’instabilité sécuritaire du pays. Dans leur déclaration, ils insistent : cette option reviendrait à les déplacer d’un conflit à un autre, sans solution durable, ni cadre juridique protecteur.

Un plan américain accusé de contournement

Des critiques s’élèvent également au sein d’organisations de défense des réfugiés. L’ONG AfghanEvac dénonce une stratégie indirecte visant à légitimer un renvoi vers l’Afghanistan via des refus anticipés. Son président Shawn VanDiver affirme : « Proposer une relocalisation vers une zone de conflit… en sachant qu’elles ne peuvent pas accepter. Attendre le “non” prévisible. Puis utiliser ce “non” comme justification pour les renvoyer en Afghanistan. »

Une impasse diplomatique et morale

Le programme initial de réinstallation aux États-Unis, promis après la chute de Kaboul en 2024, s’est progressivement fragilisé avec les changements politiques à Washington et la suspension des admissions de ressortissants afghans. Entre promesse historique et réalignement politique, les anciens alliés de l’armée américaine se retrouvent dans un vide juridique et humanitaire, suspendus entre plusieurs exils sans terre d’accueil définitive.

Des alliés devenus variables d’ajustement

« La fidélité se mesure dans l’épreuve, pas dans le confort des promesses », rappelle une maxime souvent citée dans les débats sur les engagements internationaux. Dans ce dossier, les trajectoires individuelles se heurtent à la mécanique froide des décisions étatiques. Comme l’écrivait Albert Camus : « Le malheur est parfois la condition de la lucidité ». Ici, il révèle surtout une vérité politique inconfortable : les alliances de guerre survivent rarement aux guerres elles-mêmes.

Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka

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