“J’ai entendu” : au cœur de la liesse, la foule arrache la voix de Mutamba au sommet de l’État

À Kinshasa, sur l’esplanade du Palais du Peuple, la célébration de la qualification des Léopards pour la Coupe du monde 2026 prévue aux États-Unis, au Mexique et au Canada  a basculé en tribune populaire. Devant une marée humaine venue saluer ses héros après leur succès face à la Jamaïque, la foule a exigé la libération de Constant Mutamba. Interpellé, le président Félix Tshisekedi a répondu avoir « entendu ». Une séquence intense où sport, émotion et revendication citoyenne se sont entrelacés sous les acclamations de milliers de Congolais.

La liesse fissurée

La fête était totale, presque irréelle. Mais au cœur des chants, une clameur a percé : « Libérez Mutamba ! ». Le football, soudain, devient caisse de résonance politique. Comme l’écrivait Victor Hugo, « rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ». Ici, l’idée surgit au milieu de la joie.

La foule, oracle brûlant

Compacte, vibrante, indomptable, la foule s’impose comme une voix unique. Elle ne célèbre plus seulement les Léopards : elle interpelle le pouvoir. Frantz Fanon rappelait que « le peuple, quand il se met en mouvement, devient une force irréversible ». À Kinshasa, cette force prend la forme d’une exigence claire : la liberté.

Le pouvoir à l’écoute

Face à cette pression, Félix Tshisekedi esquisse une réponse mesurée : « J’ai entendu ». Trois mots, sobres, mais lourds de sens. Machiavel écrivait que « gouverner, c’est faire croire autant que faire ». Entre écoute réelle et gestion du symbole, le pouvoir accuse réception sans encore trancher.

Le football, théâtre du réel

La qualification des Léopards agit comme un déclencheur. Ce qui devait être une célébration devient miroir de la société. Pierre Bourdieu soulignait que « les grands événements révèlent les structures invisibles ». Ici, le sport révèle une attente plus profonde, presque viscérale.

Dans la clameur du Palais du Peuple, une revendication s’est invitée au sommet de l’État. La liesse a parlé, et le pouvoir a répondu à demi-mot. Mais comme le rappelait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Reste à savoir si entendre suffira, ou s’il faudra, demain, répondre.

Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com

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