
Un rapport conjoint du Congo Research Group (CRG) et du Center on International Cooperation (CIC) met en lumière le rôle discret mais structurant de l’Ouganda dans la résurgence du M23 en République démocratique du Congo. Selon ce document publié en avril 2026, des facilités logistiques, des dynamiques de recrutement et des circulations transfrontalières auraient contribué à la remobilisation progressive du mouvement armé, sans que la nature exacte des responsabilités étatiques soit totalement établie.
Le camp, matrice silencieuse des retours en armes
Après sa défaite en 2013, le M23 n’a pas disparu : il s’est dissous dans des zones de rétention et de recomposition, notamment en Ouganda. Le rapport évoque le camp de Bihanga comme un espace pivot, où se sont maintenues des capacités humaines et organisationnelles. Mary Kaldor rappelle que « les nouvelles guerres naissent souvent dans les interstices de l’État » — ici, dans les marges de contrôle et les zones grises régionales.
Sabyinyo, frontière des retours invisibles
En 2017, le retour de Sultani Makenga vers les pentes du mont Sabyinyo marque un tournant. Un mouvement discret, situé à la jonction de la République démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda, décrit comme facilité par certains relais militaires selon le rapport. Hannah Arendt écrivait que « le pouvoir surgit là où les hommes agissent ensemble » : ici, il se dissout dans les zones d’ombre des frontières.
Le recrutement, une mécanique transfrontalière
À partir de 2021, le M23 aurait activé des réseaux de recrutement depuis l’Ouganda, notamment autour d’anciens sites de regroupement militaire. Le rapport évoque des flux organisés et des complicités locales. Samuel Huntington soulignait que « les conflits modernes se nourrissent de fractures identitaires et institutionnelles » ici prolongées par la porosité des frontières régionales.
Entre Kigali et Kampala, un équilibre de tensions croisées
Le document souligne également la dimension régionale du conflit, marquée par les rivalités entre l’Ouganda et le Rwanda, dont les tensions auraient contribué à reconfigurer les dynamiques d’appui indirect au M23. Zbigniew Brzezinski rappelait que « les rivalités régionales deviennent des multiplicateurs de crises locales ». Dans les Grands Lacs, chaque mouvement stratégique recompose l’ensemble du système sécuritaire.
Le rapport ne tranche pas définitivement sur la nature des responsabilités étatiques, mais il dessine une réalité plus diffuse : celle d’un conflit alimenté par des zones grises, des tolérances tacites et des logiques régionales imbriquées. Dans l’Est congolais, la guerre ne se contente pas d’exister elle circule. Et comme le résume Carl von Clausewitz : « La guerre est un caméléon qui change de nature selon les circonstances » dans les Grands Lacs, elle semble surtout changer de frontières.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com