La parole brisée

Le dialogue en RDC se heurte déjà à un premier obstacle majeur. Corneille Nangaa a rejeté toute perspective de discussions avec le pouvoir de Kinshasa, accusé de ne jamais respecter ses engagements. Cette prise de position intervient alors que les autorités congolaises, avec l’appui des confessions religieuses, tentent de mettre en place un nouveau cadre de concertation nationale dans un climat de profonde méfiance politique.

Le projet de dialogue en RDC voulu par les autorités congolaises apparaît déjà fragilisé. Dans une vidéo diffusée par ses équipes, Corneille Nangaa a qualifié le pouvoir de Kinshasa de « manipulateur menteur qui ne respecte jamais ses engagements », écartant toute participation à de nouvelles discussions politiques.

Cette déclaration constitue l’un des premiers refus explicites du processus annoncé récemment à Kinshasa. Elle intervient dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et par les initiatives de médiation soutenues par les confessions religieuses.

Les cendres des accords passés

Au-delà du rejet du cadre proposé, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante remet en cause l’efficacité même des compromis politiques successifs.

Depuis plus de vingt ans, la RDC a multiplié les accords de paix et les arrangements institutionnels. Des négociations de Sun City aux processus de Nairobi et de Luanda, plusieurs initiatives ont permis des accalmies temporaires sans pour autant mettre fin aux causes profondes de l’instabilité.

Pour Corneille Nangaa, la solution réside désormais dans une « refondation de l’État ». Il évoque quatre priorités : une armée « dissuasive », une police « protectrice », une justice « indépendante » et une administration « fonctionnelle ».

Le mur de la méfiance

Derrière les déclarations publiques se cache une crise plus profonde : celle de la confiance entre les protagonistes.

Le président Félix Tshisekedi accuse régulièrement l’AFC/M23 de servir l’agenda de l’agression contre la RDC. De son côté, l’AFC/M23 affirme que le pouvoir congolais ne possède pas la culture politique nécessaire pour respecter ses engagements.

Cette double accusation nourrit un cercle vicieux. Chaque camp considère le dialogue comme un risque stratégique davantage que comme une opportunité politique.

« La confiance est le ciment invisible qui conduit une communauté à agir ensemble », écrivait le philosophe David Hume. En RDC, ce ciment semble aujourd’hui profondément fissuré.

Quand l’État devient l’enjeu central

Le refus de Corneille Nangaa révèle également une autre lecture de la crise congolaise : celle d’un État perçu comme insuffisamment consolidé.

En contestant les nouveaux compromis politiques, il remet indirectement en question la capacité des arrangements institutionnels à produire une paix durable. Son discours peut trouver un écho auprès d’une partie de l’opinion qui estime que plusieurs dialogues ont davantage favorisé des équilibres politiques temporaires que des réformes structurelles.

Toutefois, l’histoire des processus de paix montre qu’aucune transformation institutionnelle profonde ne peut durablement s’opérer sans un minimum de consensus politique.

L’épreuve de vérité

L’initiative de dialogue portée par Kinshasa et les confessions religieuses entre désormais dans une phase décisive. Son caractère inclusif dépendra largement de sa capacité à rassurer les acteurs les plus méfiants et à offrir des garanties de mise en œuvre.

Selon des informations consultées sur la page officielle de la Présidence congolaise, les autorités continuent de défendre la nécessité d’un cadre de concertation destiné à renforcer la cohésion nationale face aux défis sécuritaires.

L’équation demeure néanmoins entière : comment négocier lorsque les protagonistes ne croient plus à la parole de l’autre ?

Comme le rappelait Paul Ricœur, « la confiance est une institution invisible ». En République démocratique du Congo, c’est précisément cette institution immatérielle qui semble aujourd’hui la plus difficile à reconstruire. Entre la tentation de la refondation et l’impératif du dialogue, le pays avance sur une ligne de crête où la paix dépend peut-être moins des accords à signer que de la crédibilité des engagements à tenir.

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Didier BOFATSHI

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