
En République Démocratique du Congo, une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par le député Meschack Mandefu Muela relance la bataille autour de la CENI. Elle vise à réformer la désignation de son président, longtemps monopolisée par les confessions religieuses, dans un contexte marqué par trois fléaux persistants : l’immaturité politique, l’emprise du pouvoir et les intérêts personnels. Depuis quatre cycles électoraux Malumalu, Ngoy Mulunda, Naanga et Kadima les contestations sur l’indépendance et les résultats électoraux n’ont cessé d’éroder la confiance.
L’immaturité politique, miroir fissuré des ambitions
La scène politique congolaise avance souvent sans boussole stratégique. « Participer sans être prêt à gagner, puis rejeter le verdict », résume une critique récurrente. Cette logique de contestation permanente alimente une instabilité électorale chronique et fragilise la légitimité des scrutins.
L’État invisible dans les urnes
Derrière l’architecture électorale, le pouvoir politique conserve une main lourde. De la désignation des dirigeants de la CENI à la proclamation des résultats, l’ombre de l’exécutif plane. « Celui qui organise le jeu en écrit souvent les règles », soupirent les observateurs, évoquant une indépendance institutionnelle constamment fragilisée.
Les intérêts personnels, fracture du sacré
Les confessions religieuses, censées incarner l’unité morale, se retrouvaient divisées par des logiques internes. À cela s’ajoutent les trajectoires controversées des présidents de la CENI issus de leurs rangs Malumalu, Ngoy Mulunda, Naanga, Kadima tous confrontés à des contestations sur leur impartialité et les résultats produits.
Mandefu et la rupture du monopole
C’est dans ce climat de défiance que s’inscrit la proposition de Meschack Mandefu Muela. Elle entend ouvrir la présidence de la CENI à toutes les compétences, via un processus compétitif piloté par l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo. « La compétence doit remplacer l’exclusivité confessionnelle », soutient l’esprit du texte, qui mise sur concours, transparence et évaluation technique.
Entre héritage contesté et promesse de refondation, la réforme s’avance sur une ligne de fracture. Montesquieu rappelait que « tout pouvoir sans contrôle dégénère ». Et Camus de prévenir : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Dans ce théâtre électoral en recomposition, la question demeure : la technique suffira-t-elle à dompter la politique ?
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com