Le cri de Yaoundé

Réunie à Yaoundé, au Cameroun, du 6 au 11 juillet 2026, la 51e Session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) a offert à la République démocratique du Congo une tribune majeure pour replacer la question de sa souveraineté au cœur du débat francophone. Devant plus de 300 parlementaires issus de 42 sections, le président de l’Assemblée nationale congolaise, Aimé Boji Sangara, a lancé un appel en faveur du respect du droit international et de l’intégrité territoriale des États.

« Le principe clé du multilatéralisme est celui de la souveraineté des États », a-t-il déclaré, estimant que toute violation de ces principes fragilise l’architecture internationale héritée de la Charte des Nations unies.

Les frontières blessées

Dans un discours empreint de gravité, l’élu de Walungu a longuement évoqué la crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC. Il a dénoncé ce qu’il qualifie d’« agression rwandaise » à travers la rébellion de l’AFC/M23, rappelant les conséquences humaines d’un conflit qui perdure depuis près de trois décennies.

« Des millions de nos compatriotes vivent dans l’errance », a-t-il affirmé, évoquant des populations déplacées, des violences contre les femmes et les enfants ainsi qu’une catastrophe humanitaire parmi les plus graves du continent.

Le miroir du multilatéralisme

Au-delà du cas congolais, le président de la Chambre basse a posé une interrogation plus large sur la crédibilité des institutions internationales. Pour lui, un ordre mondial fondé sur des règles ne peut survivre à une logique de « deux poids, deux mesures ».

Comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». En filigrane, Kinshasa invite la communauté internationale à désigner clairement les responsabilités et à faire respecter les résolutions des Nations unies.

La Francophonie à l’épreuve

Lors de cette 51e Session de l’APF tenue dans la capitale camerounaise du 6 au 11 juillet 2026, Aimé Boji Sangara a également rappelé que la Francophonie ne saurait être un simple espace linguistique, mais une communauté de principes fondée sur la paix, l’État de droit et la solidarité.

« Nos institutions multilatérales ne peuvent devenir des tribunes qui protègent les agresseurs », a-t-il lancé à ses homologues.

À Yaoundé, la RDC n’a donc pas seulement défendu sa cause. Elle a interpellé l’ensemble de l’espace francophone sur l’avenir du multilatéralisme lui-même. Car, comme le soulignait Raymond Aron, « la paix est impossible, la guerre improbable ». Entre ces deux horizons, la diplomatie parlementaire tente encore de préserver l’équilibre fragile de l’ordre international.

Didier BOFATSHI

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