
Le verrou de l’État
Face à ce qu’il considère comme une tentative de normalisation d’une administration parallèle dans l’Est de la RDC, le gouvernement congolais a rejeté les nominations effectuées par l’AFC/M23 à la tête de l’Université de Goma. Selon le communiqué du ministère de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovations parvenu ce samedi 6 juin à notre rédaction, le mouvement rebelle a procédé, le 29 mai dernier, au remplacement du comité de gestion légalement établi de cette institution académique du Nord-Kivu. Kinshasa prévient qu’aucun acte posé par des personnes « ne disposant pas de la qualité requise » ne sera reconnu par l’État.
Quand le savoir devient un territoire
Au-delà d’un simple changement administratif, l’enjeu est hautement symbolique. L’Université de Goma apparaît aujourd’hui comme l’un des nouveaux fronts d’une bataille silencieuse autour de la légitimité institutionnelle. En investissant des structures civiles, la rébellion étend son influence bien au-delà du terrain militaire. « Le ministère se réserve le droit d’engager des sanctions », souligne le document officiel, qui annonce également des mesures disciplinaires contre toute personne impliquée dans des actes contraires aux textes régissant le secteur.
La ligne rouge républicaine
Pour Kinshasa, l’objectif est clair : empêcher qu’une situation née de la crise sécuritaire ne s’installe comme une nouvelle norme administrative. Comme l’écrivait Max Weber, « l’État revendique le monopole de la violence légitime ». Derrière cette affirmation se cache une autre réalité : la défense de l’autorité légale sur l’ensemble du territoire national.
Le combat des symboles
Cette décision dépasse les murs de l’université. Elle interroge l’avenir même des institutions dans les zones affectées par le conflit. Car lorsqu’un pouvoir parallèle s’installe dans les espaces du savoir, c’est l’idée même de l’État qui est mise à l’épreuve.
« Le pouvoir est partout », rappelait Michel Foucault. Dans l’Est congolais, cette bataille se joue désormais aussi dans les amphithéâtres. Et lorsque la République défend ses institutions, elle protège plus qu’une administration : elle préserve l’espérance d’un ordre commun face aux fractures de l’histoire.
Didier BOFATSHI

Jésus- Christ t’aime