
La blessure ravivée
Vingt-six ans après la Guerre de Six Jours, une nouvelle onde de choc secoue la mémoire de Kisangani. Ce samedi 6 juin, à l’occasion du 26e anniversaire de ce conflit meurtrier, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a publié un message sur X pour rendre hommage aux victimes tout en dénonçant la disparition présumée des 325 millions USD accordés à la RDC par la Cour internationale de Justice (CIJ) au titre de réparations. « Les victimes et les survivants des victimes sont toujours en attente des réparations », a-t-il déploré, évoquant des fonds qui se seraient « volatilisés ».
Quand la réparation s’efface
Pour le médecin congolais, cette situation dépasse la simple question financière. Elle touche au cœur même de la justice due aux survivants. Dans son message, il rappelle que ces réparations étaient destinées aux individus et aux communautés affectés par les violations commises durant la guerre. « Ces détournements massifs de fonds sont une insulte inacceptable à l’encontre des victimes », affirme-t-il, réclamant des enquêtes indépendantes et la restitution intégrale des sommes concernées.
L’ombre sur la mémoire
Derrière les chiffres surgit une question plus profonde : que reste-t-il de la justice lorsque ses fruits n’atteignent pas ceux à qui ils étaient destinés ? Comme l’écrivait Paul Ricœur, « la mémoire blessée appelle la justice ». À Kisangani, cette mémoire semble attendre encore sa réparation.
Le prix de la confiance
L’affaire interpelle bien au-delà des victimes directes. Elle pose la question de la gouvernance publique, de la transparence et de la responsabilité des institutions. Car lorsque l’espoir d’une réparation se heurte à des soupçons de corruption, la douleur du passé rencontre les frustrations du présent.
« Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous », avertissait Montesquieu. À Kisangani, la bataille pour la vérité ne concerne plus seulement les crimes d’hier. Elle concerne aussi la dignité des survivants aujourd’hui. Et dans le silence des réparations attendues, c’est toute la conscience nationale qui demeure interpellée.
Didier BOFATSHI

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