Nord-Kivu en feu, Constitution en débat : L’évêque de Butembo-Beni recadre les priorités nationales

Sécurité ou réforme constitutionnelle : le dilemme congolais

Dans un contexte de violences persistantes à l’Est de la République démocratique du Congo, l’évêque de Butembo-Beni, Mgr Paluku Sikuli, a livré un message sans détour sur les priorités du pays. Selon des informations consultées par la rédaction de Voltefaceinfos7.com à partir de 7sur7.cd, le prélat estime que le débat actuel sur la Constitution détourne l’attention des urgences vitales liées à la sécurité et à la survie des populations du Nord-Kivu.

Un diocèse sous pression permanente

Le message de l’évêque dresse un tableau alarmant d’un territoire meurtri par les violences armées. Entre les attaques attribuées aux ADF, la présence du M23, le banditisme urbain et les crises sanitaires récurrentes, notamment Ebola, le Grand Nord du Nord-Kivu vit une situation qualifiée d’« insécurité presque endémique ».

« Le diocèse de Butembo-Beni souffre d’une insécurité presqu’endémique », souligne le prélat, évoquant une population prise en étau entre conflits armés et instabilité sociale.

La Constitution au centre des critiques

Au cœur de son intervention, Mgr Paluku remet en cause la pertinence du débat institutionnel en cours. Il estime que les initiatives politiques liées à la révision constitutionnelle s’éloignent des préoccupations essentielles des citoyens.

« Ce n’est pas le changement de la Constitution qui arrêtera les massacres des civils, ni un référendum qui améliorera les conditions de vie », insiste-t-il, appelant à une réorientation urgente des priorités nationales vers la paix et la protection des populations.

Une charge contre les institutions

Dans son message, l’évêque interpelle directement les institutions politiques et sécuritaires, accusées implicitement de privilégier des enjeux institutionnels au détriment de la crise humanitaire. Il exhorte le pouvoir exécutif et le Parlement à replacer la sécurité des citoyens au centre de l’action publique.

Cette prise de position s’inscrit dans un climat politique tendu, marqué par des mobilisations opposées autour de la Constitution, notamment des journées « ville morte » et des marches politiques récentes.

L’Église, acteur moral du débat national

La voix de l’Église catholique s’ajoute à une tradition d’intervention dans les grandes crises politiques du pays. Déjà entre 2016 et 2018, elle avait joué un rôle central dans les discussions sur le maintien de la Constitution face aux débats sur un éventuel troisième mandat.

Aujourd’hui encore, elle se positionne comme une conscience morale face aux tensions politiques. Comme le rappelle l’analyse relayée par 7sur7.cd, cette posture s’inscrit dans une série de prises de parole religieuses qui questionnent la hiérarchie des urgences nationales.

Entre la survie des populations de l’Est et les débats institutionnels à Kinshasa, le fossé semble se creuser. La question posée par le prélat résonne comme une interpellation nationale : peut-on réformer l’État sans d’abord sécuriser ceux qui y vivent ? « La paix n’est pas tout, mais sans elle, tout le reste n’est rien », écrivait Carl von Clausewitz, rappelant la primauté du réel sur les constructions politiques. Dans le silence des villages meurtris du Nord-Kivu, cette vérité prend une résonance brutale, presque irréfutable.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *